Les périphrases aspectuelles

 >Page pers.     Laurent Gosselin
(03-2020)

Pour citer cette notice:
Gosselin (L.), 2020, "Les périphrases aspectuelles", in Encyclopédie grammaticale du français,
en ligne: encyclogram.fr



1. Découpage du domaine.


1.1. Présentation.

Les périphrases aspectuelles (PA) constituent un sous-ensemble des périphrases verbales. Il s’agit de celles qui marquent l’aspect du procès (état ou événement) de façon régulière et stable, soit de façon exclusive (ex. commencer à Vinf), soit en association avec d’autres caractéristiques du procès (ex. s’atteler à Vinf). Ainsi, ces deux périphrases sélectionnent-elles la phase initiale (le début) du procès exprimé par le verbe à l’infinitif (Vinf), mais « s’atteler à Vinf » ajoute à cette sélection aspectuelle l’idée que le procès constitue une action intentionnelle et plus précisément une tâche pénible ou difficile pour un agent désigné par le SN sujet de la périphrase. D’où le contraste :

(1)       (a) Alors qu'il s’attelle à nettoyer la végétation envahissante, il traverse le toit. (La Voix du Nord, 05/12/2017, Europresse)

(b) Alors qu’il commence à nettoyer la végétation envahissante...

(2)       (a) Il commence à neiger en Haute-Loire, prudence sur les routes. (L’Éveil de la Haute-Loire, 26/01/2018, Europresse)

(b) ?*Il s’attelle à neiger en Haute-Loire...

D’un point de vue typologique, le nombre, la variété et l’étendue du domaine des périphrases verbales constituent une spécificité des langues romanes. Il conviendra donc d’abord de définir et délimiter, au plan morphosyntaxique, l’ensemble des périphrases verbales, pour pouvoir ensuite définir et étudier, d’un point de vue sémantique, le sous-ensemble des périphrases aspectuelles.

1.2. Délimitation morphosyntaxique du domaine des périphrases verbales.

Une périphrase verbale se compose d’une séquence d’au moins deux éléments verbaux qui se suivent, telle que seul le premier de ces éléments peut (sans que cela soit nécessairement le cas) être conjugué à une forme personnelle, tandis que les autres se présentent toujours sous une forme apersonnelle (infinitif ou participe). Nous utilisons pour le moment la notion, purement morphologique « d’élément verbal » pour désigner les mots et les locutions qui prennent une flexion verbale, personnelle ou apersonnelle. Soit pour exemples :

(3)       (a) Il s’attelle à nettoyer la végétation séquence à 2 éléments verbaux : s’atteler àau présent + nettoyer à l’infinitif

(b) Le nouveau poissonnier du Faou a 24 ans, mais il a déjà une belle expérience, ayant commencé à travailler très jeune. (Ouest-France, 23/02/2019, Europresse)
séquence à 3 éléments verbaux : avoir au participe présent + commencer au participe passé + travailler à l’infinitif

(c) À force de persuasion dans les ministères, il a fini par être nommé chargé de mission [...]. (Sud-Ouest, 04/04/2013, Europresse)
séquence à 4 éléments verbaux : avoir au présent + finir par à l’infinitif + être à l’infinitif + nommer au participe passé

(d) Puis, le panzer parti voir ailleurs, une auto mitrailleuse [...] se mit à tourner autour du village. (Siniac, Sous l’aile noire des rapaces)
séquence 1, à 2 éléments verbaux : partir au participe passé + voir à l’infinitif
séquence 2, à 2 éléments verbaux : se mettre à au passé simple + tourner à l’infinitif.

Sur la base de cette définition très générale, deux questions se posent :

1) Faut-il inclure, comme nous l’avons fait en (3c), les temps composés et le passif dit « périphrastique » parmi les périphrases verbales ? À la suite, entre autres, de Imbs, pour qui « il est incontestable que les formes composées du verbe sont des périphrases » (1960 : 6), nous adopterons cette position, sans quoi il faudrait revoir la définition très générale des périphrases verbales pour en exclure les constructions avec participe passé (comme le font Renault & François 2005 : 27, ainsi que Lière 2011 : 17, pour qui, en intégrant le système verbal, ces constructions, initialement périphrastiques, ont désormais perdu ce statut).

2) Faut-il inclure, à la suite de Gougenheim (1929 : 256), les séquences du type :

(4)       Il veut sortir

ou bien, au contraire, considérer qu’il s’agit là d’un verbe (vouloir) qui régit un infinitif complément d’objet (ou une proposition infinitive objet, selon l’analyse la plus répandue en grammaire générative) ? C’est là une question difficile qui a suscité de très nombreuses discussions. On adoptera ici le critère proposé par Gross (1975 : 160, 1999 : 8) et repris par Lamiroy (1999) et Borillo (2005) : on ne retient dans les formes périphrastiques que les infinitifs qui ne commutent pas avec une complétive conjuguée. C’est-à-dire que si le verbe à l’infinitif peut être remplacé – que l’énoncé global garde le même sens ou non – par une complétive du type « (ce) que p », il sera considéré comme un complément du verbe qui précède et non comme un élément constitutif d’une forme périphrastique. Soit quelques exemples :

(5)        (a) Il cesse de pleuvoir / *Il cesse (de ce) qu’il pleuve → périphrase

(b) Il se met à neiger / * Il se met (à ce) qu’il neige → périphrase

(c) Il se hâte de ranger sa chambre / * Il se hâte (de ce) qu’il range sa chambre → périphrase

(6)        (a) Il veut sortir / Il veut que Luc sorte → verbe + complément

(b) Il craint de déplaire / Il craint que Luc ne déplaise → verbe + complément

(c) Il a cru réussir / Il a cru que Luc avait réussi → verbe + complément

(d) Il a hâte de ranger sa chambre / Il a hâte qu’elle range sa chambre → verbe + complément.

Nous reviendrons, au § 1.4.3. ci-dessous, sur les motivations et les difficultés de mise en œuvre de ce critère. Nous expliquerons également pourquoi nous ne pouvons retenir les autres critères proposés dans la littérature sur la question.

Les éléments verbaux qui apparaissent en position non terminale dans les séquences périphrastiques ont reçu des dénominations diverses : auxiliaires, semi-auxiliaires, coverbes, verbes, locutions verbales... Nous verrons qu’il y a lieu de distinguer parmi ces éléments différentes classes et sous-classes, d’un point de vue à la fois morphosyntaxique et sémantique ; et nous proposerons de réserver certaines de ces dénominations à des classes et sous-classes explicitement définies.

1.3. Délimitation sémantique des périphrases aspectuelles.

Les périphrases aspectuelles sont des périphrases verbales qui expriment l’aspect. L’aspect désigne la structure du temps inhérent ou constitutif du procès, impliquant à la fois l’aspect interne (phases initiale, médiane et finale du procès) et l’aspect externe (phases pré- et post-processuelles) [ > Notice ]. Au sein de la temporalité linguistique, l’aspect doit être distingué du temps, qui renvoie au cadre chronologique dans le lequel le procès se trouve situé.

Les principaux problèmes que soulève la délimitation du domaine des périphrases aspectuelles sont les suivants :

1) Comment distinguer entre les périphrases à valeur temporelle et les périphrases à valeur aspectuelle ? La question se pose tout particulièrement pour « aller » et « venir de Vinf » (périphrases respectivement appelées itive et ventive en typologie des langues). Dans les grammaires et les études linguistiques, elles sont tantôt classées comme temporelles (on parle alors de « futur proche » et de « passé récent »), tantôt comme aspectuelles (respectivement d’« aspect prospectif » et « rétrospectif » ou « accompli »). Nous verrons, au § 3.3.4., en nous appuyant sur les arguments de Vet (1993), qu’il y a lieu de distinguer deux emplois de ces périphrases : un emploi dit « temporel » et un emploi dit « aspectuel ».

2) Si certaines périphrases sont exclusivement aspectuelles, au sens où elles marquent uniquement un type d’aspect (par exemple l’aspect itératif avec « avoir coutume de », ou l’aspect de phase terminale avec « finir de »), d’autres paraissent combiner une valeur aspectuelle avec d’autres valeurs correspondant, entre autres, au mode de contrôle de l’action par un agent (voir « s’atteler à », ci-dessus, ou « tarder à »), ou à un déplacement effectué par l’agent (par ex. « rentrer de Vinf » qui associe l’expression d’un mouvement à la sélection de la phase post-processuelle du procès exprimé par Vinf). Nous avons choisi de ne retenir à titre de périphrases aspectuelles que les périphrases verbales qui présentent une valeur exclusivement ou partiellement aspectuelle, dès lors que celle-ci est stable et régulière, c’est-à-dire qu’elle se retrouve à l’identique dans tous les contextes, ou que, si des variations sont observées, celles-ci sont elles-mêmes régulières et prédictibles. C’est ainsi que nous excluons « devoir Vinf » et « pouvoir Vinf » (considérées comme périphrases modales), car même si elles peuvent prendre en contexte certaines valeurs aspectuelles – en particulier dans l’emploi dit « futural » de devoir (Kronning 1994, Vetters & Barbet 2016), ou dans l’emploi dit « sporadique » de pouvoir (Kleiber 1983, Saussure 2012) – ces valeurs n’offrent pas la stabilité requise par-delà les variations de contexte. A l’inverse, « commencer à / se mettre à / se prendre à Vinf » ou « s’apprêter à / se disposer à / être près de Vinf », expriment respectivement, dans tous les contextes, la phase initiale et la phase pré-processuelle du procès marqué par Vinf. On constate une variation régulière avec certaines périphrases, comme « s’acharner à / s’efforcer de Vinf » qui sélectionnent la phase médiane d’un procès duratif (ex. 7a) ou d’une série itérative (7b), mais la phase pré-processuelle d’un procès ponctuel (ex. 7c) :

(7)       (a) Il s’acharne à construire sa maquette

(b) Il s’acharne à venir le dimanche

(c) Il s’acharne à ouvrir la porte.

Cette situation s’explique aisément, si l’on considère qu’un procès ponctuel est dépourvu de phase médiane accessible, du fait même de sa ponctualité, et que le conflit entre l’exigence de durativité associée à la périphrase et la ponctualité du procès se trouve résolu par un « glissement de sens » vers la phase pré-processuelle, ce type de résolution de conflits étant, par ailleurs, très régulièrement observé dans le domaine de l’aspect (Gosselin 1996). C’est pourquoi on intègrera ici ces éléments à la classe des périphrases aspectuelles.

Les périphrases aspectuelles peuvent marquer trois types d’aspects (voir la notice sur l’aspect verbal) :

a) l’aspect itératif, fréquentatif et/ou habituel, i.e. la répétition régulière d’un même procès sur une longue période (« avoir l’habitude de / pour habitude de / coutume de Vinf) ;

b) l’aspect de phase : la sélection de l’une des cinq phases d’un procès (pré-processuelle : « se disposer à Vinf » ; initiale : « se mettre à Vinf » ; médiane : « persister à Vinf », finale : « terminer de Vinf » ; post-processuelle : « rentrer de Vinf ») ;

c) la visée aspectuelle (prospective : « aller / être sur le point de Vinf », inaccomplie : « être en train de Vinf », accomplie : « venir de Vinf »).

Nous développerons, au § 3.3. ci-dessous, l’analyse de ces trois types de périphrases aspectuelles, et nous proposerons au § 3.3.4. des arguments syntaxiques et sémantiques permettant de distinguer nettement les deux derniers types de périphrases (d’aspect de phase et de visée aspectuelle).

1.4. Cadres théoriques pour l’analyse des périphrases aspectuelles.

1.4.1. Présentation.

Même si les périphrases verbales et les périphrases aspectuelles, en particulier, constituent un objet d’études classique en grammaire française, et ont fait l’objet d’une somme remarquable de la part de Gougenheim (1929), certains courants théoriques récents en ont renouvelé l’approche, et ont provoqué un renouveau d’intérêt à leur endroit. Il s’agit principalement des théories de la grammaticalisation (Heine 1993, Hopper & Traugott 1993, Lamiroy 1999, Marchello-Nizia 2006 : 114-120) et des grammaires fonctionnelles (Dik 1989, 1997, François 2003). Or ces deux perspectives induisent deux types d’approches des périphrases aspectuelles qui ne sont pas toujours immédiatement conciliables. Alors que les grammaires du français classaient tantôt les périphrases aspectuelles dans le champ de l’aspect lexical (Wagner et Pinchon 1962 : 298, Imbs 1960 : 6, Martin 1971 : 140), tantôt dans celui de l’aspect grammatical (Leeman-Bouix 1994 : 51, Barcelo et Bres 2006 : 15), les théories de la grammaticalisation proposent un modèle continuiste de l’évolution en diachronie des lexèmes verbaux, qui deviennent très progressivement, au cours de leur évolution diachronique, des semi-auxiliaires, puis, éventuellement des affixes verbaux. Sur ce continuum de grammaticalisation (i.e. de transformation progressive et graduelle des éléments lexicaux en éléments grammaticaux), chacun des éléments verbaux occupe, en synchronie, une ou plusieurs positions, plus ou moins précisément déterminées, selon le degré de grammaticalisation auquel son évolution diachronique l’a conduit. A l’inverse, les grammaires fonctionnelles essaient d’établir, en synchronie, pour les verbes et semi-auxiliaires, des distinctions discrètes entre différents niveaux dans des structures syntactico-sémantiques strictement hiérarchisées. La difficulté d’articuler précisément ces deux perspectives tient à ce que, comme le remarquent Lagae, Carlier et Benninger (2002) :

Même à l’intérieur d’une même langue, on ne peut admettre l’existence d’une réelle frontière entre grammaire et lexique. En effet, certains marqueurs temporels ou aspectuels se trouvent dans la zone frontière entre grammaire et lexique. Il en va ainsi des semi-auxiliaires d’aspect du français : leur origine étant lexicale, ils ont subi un processus de grammaticalisation qui n’a toutefois pas entièrement abouti.

Nous mentionnerons enfin le traitement des périphrases verbales dans la perspective de la typologie des langues, même si son application au français n’a pas encore donné lieu à des avancées significatives.

1.4.2. La grammaticalisation

Selon la perspective de la grammaticalisation, les (semi-)auxiliaires résultent d’un processus continu, qui conduit des lexèmes verbaux jusqu’aux affixes (grammèmes), en passant par divers degrés d’auxiliarité. Ce parcours de grammaticalisation (« The Verb-to-TAM Chain », cf. Heine 1993, Hopper et Traugott 1993, Kronning 2003) est ainsi représenté :

Verbe plein > AUX1 > … > AUXn > Affixe

Figure 1 : le parcours de grammaticalisation des verbes

L’exemple, toujours repris, de transformation d’un semi-auxiliaire en affixe verbal est celui de la formation du futur et du conditionnel. En bas-latin, le futur synthétique (cantabo : je chanterai) avait été remplacé par une forme périphrastique (cantare habeo ; littéralement : j’ai à chanter). C’est ce verbe habere (avoir) qui a fini par se trouver associé au radical verbal sous la forme d’un affixe (flexion verbale du futur). Le même processus explique la formation du conditionnel, à partir de la forme périphrastique à l’imparfait : cantare habebam (littéralement : j’avais à chanter) :

schéma
Figure 2 : parcours de grammaticalisation du futur et du conditionnel
(selon Azzopardi & Bres 2011)

On peut ainsi rendre compte du fait que les flexions de ces deux temps sont constituées d’un /r/ (qui provient de l’infinitif, et qui marque, en synchronie, l’ultériorité), et des formes du verbe avoir au présent (dans le cas du futur) et à l’imparfait (dans le cas du conditionnel).

On admet, dans ce cadre, que les (semi-)auxiliaires constitutifs des périphrases verbales ne sont ni de purs lexèmes, ni de véritables grammèmes, mais occupent des positions intermédiaires sur le continuum qui va du lexique à la grammaire, définies en fonction de leur degré actuel de grammaticalisation.

Précisons que certains éléments verbaux peuvent avoir plusieurs emplois, qui correspondent à divers degrés de grammaticalisation – et donc à plusieurs positions sur le continuum. Par exemple le verbe aller est un verbe « plein » (purement lexical) dans (8a), un verbe de déplacement induisant la sélection de la phase pré-processuelle dans une construction où il est suivi de l’infinitif (8b), un auxiliaire de visée aspectuelle prospective (n’exprimant plus aucun déplacement, 8c), ou encore un auxiliaire temporel situant le moment de référence dans l’avenir (8d). Ces deux derniers emplois sont parfois intégrés au système des conjugaisons du français sous le nom de futur périphrastique :

(8)       (a) Il va à Londres

(b) Il va faire ses courses, à Londres

(c) Tiens! il va pleuvoir [futur périphrastique « aspectuel », ne commutant pas avec le futur simple : ?? Tiens ! il pleuvra]

(d) Il va prendre sa retraite dans quinze ans [futur périphrastique « temporel », commutant avec le futur simple. [Note 1]

Cette évolution syntaxique est associée à un processus sémantique dit de « désémantisation », « dématérialisation », « sublimation », « javellisation » (bleaching), etc. qui correspond à la perte des traits concrets – le signe ne gardant que ses traits aspectuels (abstraits). Le terme usuel de désémantisation est cependant trompeur, car il suppose qu’un marqueur à valeur aspectuelle et/ou temporelle (comme aller dans 8c,d) n’aurait pas ou peu de contenu sémantique, à la différence d’un verbe plein exprimant une réalité concrète (comme aller dans 8a). C’est là une conception naïvement référentialiste de la signification (cf. Bourdin 2005 : 262). Si toutefois l’on admet que le verbe ne se vide pas de son sens mais qu’il en change (cf. Lamiroy 1999 : 35), il faut encore expliquer quels sont les principes de ce changement. Dans le cas d’aller et venir, il a été proposé de concevoir cette évolution du sens en termes de métaphore ou de métonymie (De Mulder & Vanderheyden 2008). Cependant il est sûr que ce n’est pas aller et venir pris isolément qui se grammaticalisent, mais que ces éléments verbaux se grammaticalisent dans des constructions particulières (De Mulder 2010). Il a ainsi paru plus juste de parler de constructionnalisation (Traugott & Trousdale 2013), dans la mesure où ce qui se constitue au cours de l’évolution diachronique, ce sont des constructions, des séquences dont la sémantique n’est pas véritablement compositionnelle et dont la signification globale doit être apprise. Par exemple, « venir de SN locatif » (ex. « il vient de Cherbourg ») n’aura pas la même signification que « venir de Vinf » (ex. « il vient de pleuvoir »), ni que « venir à Vinf » (ex. Les vivres vinrent à manquer, sur la sémantique de cette construction, v. Bres & Labeau (2017)).

Le classement des divers (semi-)auxiliaires du français en fonction de leur degré de grammaticalisation – ou degré d’auxiliarité versus verbalité – requiert les plus grandes précautions, car l’examen précis des données diachroniques – rendu relativement aisé aujourd’hui grâce aux corpus électroniques comme FRANTEXT – montre qu’il faut se garder de toute application mécanique du schéma de grammaticalisation, comme celle qui a pu conduire certains auteurs à considérer que si un semi-auxiliaire n’est pas complètement grammaticalisé, c’est parce qu’il serait encore « jeune ». En effet, le schéma de grammaticalisation ne décrit qu’une tendance générale, dont l’application aux différents semi-auxiliaires doit être rigoureusement vérifiée et contrôlée. De fait, l’examen des données diachroniques permet d’observer d’une part que certains semi-auxiliaires ont disparu (comme souloir ≈  avoir l’habitude de », jusqu’au XVIIème), et d’autre part, que certains verbes, qui ont fonctionné à une certaine époque comme semi-auxiliaires, ont perdu cet emploi et n’ont plus aujourd’hui que le statut de verbes prédicatifs. C’est, par exemple, le cas de vouloir et de penser. De même qu’on disait au XVème « il veut pleuvoir » pour indiquer l’imminence du procès (voir le Dictionnaire du Moyen Français de L’ATILF) [Note 2], on pouvait encore dire au XVIIIème :

(9)        [...] mais j’avoue que cet ouvrage a pensé me tuer [≈ a failli me tuer] ; je vais me reposer, je ne travaillerai plus. (Montesquieu, 1749, à propos de la rédaction de L’Esprit des lois)

Ainsi, loin de voir dans la grammaticalisation une évolution continue et irréversible, Gougenheim (1929 : 157) considérait que le français avait connu une période de grammaticalisation maximale (même s’il n’utilise pas le terme même) des semi-auxiliaires (en particulier de ceux qui ont une valeur modale) aux XVème-XVIème, suivie d’une tendance contraire (on parle alors de dégrammaticalisation, cf. Schøsler 2007).

1.4.3. Les grammaires fonctionnelles.

La distinction fondamentale opérée dans la perspective des grammaires (néo-) fonctionnelles (Dick 1989, 1997, Van Valin & LaPolla 1997) concerne les emplois prédicatifs et non prédicatifs des éléments verbaux (François 2003). Il ne s’agit pas tant de savoir si les verbes sont désémantisés ou non, que d’identifier ceux qui fonctionnent comme prédicats, régissant leurs propres arguments (i.e. ayant leur propre structure actancielle), et ceux qui ne fonctionnent dans l’énoncé que comme des opérateurs verbaux (François 2003 : 364 sq.), codant divers types d’opérations ou de modifications qui affectent les prédicats exprimés par les verbes prédicatifs. Par exemple, dans

(10)    Luc commença à parler

le prédicat unique est marqué par le verbe prédicatif parler, qui régit un seul argument (ou actant) : Luc. « Commencer à » est ici non prédicatif. Il code une opération, de nature aspectuelle, portant sur ce prédicat. Plus précisément, il marque la sélection de la phase initiale du procès exprimé par la prédication [parler (Luc)].

Une périphrase verbale sera alors définie comme une séquence d’éléments verbaux dont seul le dernier élément est en emploi prédicatif, alors que celui, ou ceux, qui le précède(nt) sont en emploi non prédicatif, et fonctionnent comme opérateurs, selon le modèle :

Figure 3 : structure fonctionnelle d'une périphrase aspectuelle
[opérateur1 opérateur2 ... prédicat (arguments)]
ex.: Luc vient de commencer à parler à Marie
opérateur 1: venir de
opérateur 2: commencer à
prédicat: parler
arguments: Luc, Marie

Le problème empirique est alors de distinguer et d’identifier les emplois prédicatifs et les emplois non prédicatifs des éléments verbaux. Ainsi, dans une séquence du type

(11)     [ev1 – ev2 – ev3 – ev4 – ev5]

où ev1, ev2 ... sont des éléments verbaux, et où seul ev1 est conjugué à une forme personnelle (les autres étant des infinitifs ou des participes), on peut être assuré que le dernier élément est prédicatif, mais qu’en est-il des autres ? Soit il s’agit d’éléments non prédicatifs (des opérateurs), soit ce sont eux-mêmes des prédicats, régissant leurs propres arguments. Par exemple dans

(12)     Luc va vouloir commencer à marcher

on considèrera qu’il y a deux prédicats : vouloir et marcher. Vouloir régit deux arguments : Luc et [(Luc) commencer à marcher], tandis que marcher régit un seul argument : Luc. Aller et commencer à sont des opérateurs qui portent respectivement sur les prédicats vouloir et marcher.

Nous avons dit ci-dessus que le critère le moins contestable pour déterminer la prédicativité d’un élément verbal dans ce type de séquence était celui de la commutation de l’infinitif avec une complétive conjuguée. L’intérêt de la complétive conjuguée est qu’elle permet d’introduire des ensembles d’arguments (ou « cadres participatifs ») totalement disjoints pour les différents prédicats. Ainsi c’est parce que l’on peut énoncer (13) :

(13)    Luc va vouloir que son fils commence à marcher

que l’on peut tenir pour assuré que vouloir constitue bien un prédicat distinct de marcher, y compris dans (12). En effet, ces deux prédicats régissent, dans l’exemple (13), des ensembles d’arguments totalement disjoints. Vouloir prend pour arguments Luc et [son fils commencer à marcher], tandis que marcher ne régit qu’un seul argument : son fils. On fait l’hypothèse que quand la complétive est exclue (*aller que p, *commencer que p), cela indique que l’élément verbal est non prédicatif et que le SN sujet qui le précède est un argument du prédicat qui le suit.

Les difficultés d’application de ce critère proviennent de deux phénomènes :

a) L’acceptabilité de la complétive conjuguée est parfois douteuse. Par exemple, essayer ou tâcher ne tolèrent la complétive que dans un registre peu soutenu :

(14)     (a) On essaie que les malades aient une fin plus chaleureuse (déclaration du Dr J.-M. Mollard au Parisien, 22/02/2002)

(b) Tâchez que ce soit fini quand je remonterai ! (J. Amila, Le Grillon enragé).

On peut voir, dans cet emploi, un phénomène de variation diastratique, et/ou faire l’hypothèse d’une ellipse sur la base d’une séquence du type « essayer de faire en sorte que p».

b) Il faut impérativement tenir compte de la polysémie de certains verbes. Ainsi savoir ne prend pas la même signification selon qu’il est suivi de la complétive ou de l’infinitif (ex. 15a,b), sans même que le choix de la construction infinitive lève toute ambiguïté (15c) :

(15)     (a) Il sait que je marche [savoir ≈ être au courant]

(b) Il sait marcher [savoir ≈ pouvoir, être capable]

(c) [...] ses deux Noirs, sur la fidélité desquels il savait d’ailleurs pouvoir compter [...]. (E. Sue, Le Morne au Diable) [≈ savait qu’il pouvait compter].

De même, oublier, présente des propriétés sémantiques toute différentes selon qu’il est suivi d’un infinitif ou d’une complétive conjuguée (Bally 2018) :

(16)    (a) Il a oublié de fermer la porte (⇒ il n’a pas fermé la porte)

(b) Il a oublié qu’il avait fermé la porte (⇒ il a fermé la porte).

On doit considérer qu’il s’agit, au plan sémantique, de deux emplois distincts de l’élément verbal oublier, puisqu’il est factif lorsqu’il est suivi de la complétive conjuguée et contrefactif avec l’infinitif.

On admettra donc que le critère de la commutation de l’infinitif avec la complétive n’est opératoire qu’à la condition que l’élément verbal ne change pas de sens. Savoir sera considéré comme un prédicat dans (15a) et (15c), mais non dans (15b) – où il fonctionne comme opérateur modal – car la commutation entraîne un changement de sens. De même oublier est prédicatif en (16b) mais non en (16a).

De nombreux autres critères syntaxiques ont été proposés et discutés dans la littérature pour établir si, dans ce type de séquence, le verbe à l’infinitif (Vinf) est un véritable complément de l’élément verbal qui le précède, et donc si cet élément verbal est un prédicat prenant le Vinf pour argument. Mais ces différents critères ne sont pas convergents, et surtout chacun d’entre eux se trouve confronté à des contre-exemples manifestes, dans la mesure où son application systématique conduirait à exclure de la classe des (semi-)auxiliaires des éléments verbaux qui, sur le plan sémantique, ne peuvent à eux seuls constituer de véritables prédicats. Donnons quelques exemples :

a) La possibilité de pronominaliser le Vinf au moyen d’un clitique attesterait de la valeur de complément (et donc d’argument du prédicat qui précède) de ce Vinf. Ce critère permet bien d’opposer (17a) à (17b) :

(17)    (a) Il a souhaité partir → Il l’a souhaité [partir est complément de souhaiter, qui est donc prédicatif]

(b) Il a cessé de dormir → *Il l’a cessé [dormir n’est pas complément de cesser de, qui est donc non prédicatif]

Mais « se mettre à », qui, sémantiquement, est tout à fait comparable à « cesser de », accepte parfaitement la cliticisation du Vinf, sans qu’on puisse pour autant considérer cet élément comme un véritable prédicat :

(17)    (c) Il s’est mis à chanter → Il s’y est mis.

b) Seul un Vinf complément est censé pouvoir se coordonner avec un SN. Ce critère rencontre les mêmes difficultés que le précédent. Il oppose bien (18a) à (18b), mais se heurte à (18c) :

(18)    (a) Je vous souhaite de bonnes vacances, et surtout d’avoir un beau temps (ex. proposé par A. Berrendonner, c.p.)

(b) ?* Il a cessé le travail de nuit et de faire du sport

(c) Il s’est mis au travail de nuit et à faire du sport.

c) La possibilité d’utiliser un Vinf impersonnel (en particulier un verbe « atmosphérique », cf. Muller 2011) indique le caractère non prédicatif de l’élément verbal qui précède :

(19)    (a) *Il souhaite pleuvoir

(b) Il va /cesse de / se met à / tarde à pleuvoir.

Mais la réciproque ne vaut pas, car un élément verbal comme « avoir coutume de », qui ne saurait être tenu pour prédicatif, est incompatible avec ce type de Vinf :

(19)    (c) ?*Il a coutume de pleuvoir.

d) Seuls les (semi-)auxiliaires sont « transparents » relativement aux restrictions de sélection imposées par le Vinf à ses arguments (Gaatone 1998, Blanche-Benveniste 2001, Muller 2011). Les difficultés d’application de ce critère sont les mêmes que celles du précédent (lequel peut d’ailleurs être tenu pour une conséquence de celui-ci). Ainsi un groupe verbal prédicatif comme « être liquide » ne peut s’appliquer qu’à un argument non humain (sauf métaphore). L’ajout d’un élément verbal non prédicatif, « transparent » ne change pas les restrictions de sélection :

(20)    (a) Les confitures vont / continuent à / commencent à être liquides

Or certains éléments que l’on ne saurait pour autant qualifier de prédicatifs (au plan sémantique) ajoutent des restrictions supplémentaires sur les arguments, comme le montre l’inacceptabilité de :

(20)    (b) ?*Les confitures ont coutume / pour habitude d’être liquides.

e) Seuls les prédicats supportent la négation. Si une négation précède, en surface, un (semi-)auxiliaire, elle affecte nécessairement le prédicat verbal. Le moyen le plus expédient pour vérifier cette propriété consiste à introduire deux négations : l’une immédiatement avant le Vinf, l’autre immédiatement avant l’élément verbal qui le précède. Si la phrase est acceptable, c’est que cet élément verbal est un prédicat qui fait lui-même l’objet d’une négation ; sinon c’est qu’il est non prédicatif et qu’il s’agit donc d’un (semi-)auxiliaire. Ce critère distingue nettement (21a) de (21b), mais se heurte au fonctionnement de certains semi-auxiliaires de modalité (21c), d’habitualité (21d) ou de phase (21e) :

(21)    (a) Mais pendant la confrontation, le jeune ne dit pas ne pas reconnaître son agresseur. (Ouest-France, 22/05/2018, Europresse)

(b) *Il ne va pas ne pas pleuvoir / *Il n’est pas en train de ne pas pleuvoir

(c) Il est là parce qu’il ne peut pas ne pas y être. (Leblanc, L’Aiguille creuse)

(d) Cette équipe, ce club, n’a pas l’habitude de ne pas être dominant, et premier. (La République du Centre, 06/11/2012, Europresse)

(e) On n’a pas fini de ne pas s’ennuyer ! (Le Progrès, 15/06/2002, Europresse).

Toutes ces disparités de fonctionnement demanderaient des études minutieuses et des hypothèses explicatives nouvelles. Dans l’immédiat, elles nous conduisent, à la suite des auteurs précités au § 1.2., à ne retenir que la commutabilité avec une complétive conjuguée comme test pour évaluer le caractère prédicatif d’un élément verbal qui se fait suivre d’un infinitif.

Quant aux éléments verbaux non prédicatifs, qui fonctionnent comme opérateurs, ils sont ensuite classés en fonction des opérations qu’ils codent. François (2003 : 250 sq.), après avoir passé en revue et comparé les classifications de Gross (1975), Busse (1974), Busse & Dubost (1977), en distingue cinq types :

a) le temps (être, avoir, aller, venir de) ;
b) la visée aspectuelle (être en train de, être sur le point de, venir à ...) ;
c) l’aspect de phase (commencer à, s’arrêter de, terminer de ...) ;
d) la modalité (devoir, pouvoir, paraître, sembler, être censé ...) ;
e) la « modalité d’action (ou d’événement) », qui exprime la façon dont se déroule le procès, et se décompose en « modalité temporelle d’action » (se hâter de, s’empresser de, tarder à ...) et « modalité participative d’action » (s’acharner à, oser, négliger de, tenter de ...) ;
f) la diathèse, passive (être + participe passé passif) ou causative (faire, laisser Vinf).

Nous réexaminerons ci-dessous cette classification, à la lumière des études spécifiquement consacrées à l’aspect. Il s’agira en particulier de préciser les relations entre temps, visée aspectuelle et aspect de phase. De plus nous verrons que, selon cette perspective aspectuelle, des regroupements différents sont envisageables, car si, par exemple, tarder à exprime bien une modalité d’action, cet élément verbal non prédicatif n’en marque pas moins, de façon absolument stable, la sélection de la phase pré-processuelle du procès exprimé par le prédicat sur lequel il porte, et trouve donc sa place parmi les périphrases aspectuelles (dès lors qu’on inclut dans cette classe les périphrases qui ne sont pas exclusivement aspectuelles).

1.4.4. Les approches typologiques.

Dans une perspective typologique, les périphrases verbales que l’on rencontre dans les langues romanes relèvent de la catégorie beaucoup plus générale des prédicats complexes (Nash & Samvelian 2016) : des séquences contenant plusieurs mots et fonctionnant comme un seul prédicat. Parmi ces prédicats complexes, les périphrases verbales se caractérisent par le fait qu’elles contiennent plusieurs éléments verbaux. On laissera ainsi de côté des périphrases aussi différentes que « prendre peur », « être en cours », « être en instance de N », qui, bien qu’elles soient constituées de plusieurs éléments, qu’elles fonctionnent chacune comme un seul prédicat, et qu’elles aient une valeur aspectuelle (Borillo 2005), ne sont pas à proprement parler des périphrases verbales, puisqu’elles ne contiennent qu’un seul élément verbal. Il serait sans doute plus exact de parler à leur endroit de « locutions verbales » (D. Apothéloz, c.p.).

Il est d’usage de distinguer, dans une perspective typologique, deux grandes classes de périphrases verbales : les périphrases flexionnelles ou supplétives et les périphrases catégorielles ou expressives (Haspelmath 2000, Bonami 2015). On parle de périphrase flexionnelle (ou supplétive) lorsque qu’une expression comprenant plusieurs mots remplit une case (un « trou ») dans un paradigme flexionnel, comme dans le cas du passif en latin (présent : amorje suis aimé – ; parfait : amatus sumj’ai été aimé). A cette classe définie de façon strictement morphosyntaxique s’oppose la classe beaucoup plus large des périphrases catégorielles (ou expressives) qui regroupe toutes les autres périphrases verbales, dans lesquelles une valeur grammaticale (temps, aspect, modalité, causativité ...) est ajoutée à la signification du lexème verbal. L’application de cette distinction au français ne va cependant pas de soi, et conduit les auteurs qui l’adoptent à des positions difficilement compatibles entre elles. Par exemple, Haspelmath (2000) paraît considérer la périphrase « aller Vinf » comme catégorielle, tandis que Bonami (2015) l’intègre, sans discussion, parmi les périphrases flexionnelles, statut qu’il refuse à « être sur le point de Vinf ».

Au fond, cette discussion rejoint la question classique dans les grammaires françaises de savoir quelles constructions périphrastiques peuvent et doivent être intégrées au système des conjugaisons. S’il y a accord pour intégrer les « temps composés », les points de vue divergent relativement à « aller Vinf », et « venir de Vinf ». L’un des arguments souvent avancé pour classer « aller Vinf », et « venir de Vinf » parmi les périphrases au sens strict (périphrases flexionnelle ou supplétives), et intégrer ces formes à la conjugaison du français, repose sur leur défectivité : on oppose, par exemple, « il allait partir » à « *il alla partir » ou « *il ira partir ». Pour faire court, « aller Vinf » ne se conjugue qu’au présent et à l’imparfait, « venir de Vinf » qu’au présent, à l’imparfait, au futur, au conditionnel présent et au subjonctif présent. Toutefois, cet argument soulève à son tour des difficultés :

a) les auxiliaires avoir et être employés dans les temps composés et surcomposés, qui sont incontestablement périphrastiques, ne sont pas défectifs (Martin 1971 : 140 retourne même cet argument pour refuser à aller et venir le statut d’auxiliaires) ;

b) la défectivité (quoique sous une forme moins contraignante) s’étend à la périphrase « être en train de Vinf » (ex. « ?*Ils furent / ont été / avaient été en train de manger » [Note 3]), qui n’est pourtant jamais intégrée à la conjugaison. (Cet argument vaut a fortiori pour « avoir accoutumé de Vinf », qui ne s’emploie jamais aux temps simples) ;

c) il y a désaccord sur la nature de cette défectivité : s’agit-il d’une contrainte morphologique purement arbitraire – censée constituer une propriété spécifique des périphrases flexionnelles (Bonami 2015) – ou résulte-t-elle de la combinaison des valeurs sémantiques de la construction et des flexions verbales (cf. les analyses de Bres 2015 sur la défectivité de « aller Vinf », et « venir de Vinf ») ?

Comme on le voit, il ne semble pas actuellement envisageable d’établir une partition nette et incontestable entre périphrases flexionnelles et catégorielles en français.



2. Références: ouvrages essentiels.


2.1. Gougenheim G. (1929), Étude sur les périphrases verbales de la langue française, Paris, Les Belles Lettres.

Ouvrage ancien, mais qui reste le seul à envisager l’ensemble des périphrases verbales du français en synchronie et en diachronie.

2.2. François J. (2003), La prédication verbale et les cadres prédicatifs, Louvain, Peeters.

Une analyse très complète des entrées verbales prédicatives et non prédicatives dans une perspective néo-fonctionnelle.

2.3. Bat-Zeev Shyldkrot, H. & Le Querler, N. (éds) (2005), Les périphrases verbales, Amsterdam, Benjamins.

Recueil d’articles sur les périphrases verbales.

2.4. Bat-Zeev Shyldkrot H. (éd.) (1999), Les auxiliaires : délimitation, grammaticalisation et analyse, Langages 135.

Recueil d’article sur les auxiliaires et semi-auxiliaires.

2.5. Labeau E. (2017). Les périphrases en aller et venir du français. En ligne, sur le site:  FRACOV 

Synthèse très utile de nombreux travaux menés en collaboration avec J. Bres sur les divers emplois périphrastiques de aller et venir : Bres (2013, 2015), Bres & Labeau (2012a, 2012b, 2013a, 2013b, 2013c, 2013d, 2014, 2015, 2017), Labeau & Bres (2014, 2018).



3. Analyses descriptives et modélisation.


Nous proposons ici une synthèse des recherches récentes (et convergentes) sur les périphrases aspectuelles du français. Ce faisant, nous préciserons nos choix terminologiques.

3.1. Définition des périphrases verbales.

Si l’on admet (cf. § 1.2. ci-dessus) qu’une périphrase verbale est une séquence de n éléments verbaux qui se suivent, telle que seul le premier élément de la séquence peut être conjugué à une forme personnelle, les autres se présentant nécessairement sous des formes apersonnelles (infinitif et participe), on conviendra que seul le dernier élément de la séquence a un fonctionnement de verbe (V) ; les autres sont des coverbes (CoV). Par coverbe, on désigne tout élément verbal – qu’il soit prédicatif ou non – qui est suivi d’un autre élément verbal présenté sous une forme apersonnelle (cf. Roy 1976, Wilmet 1997, Kronning 2003). [Note 4] Exemples :

(22)     (a) Il commence à manger              CoV              V

(b) Il  va  commencer à manger
        CoV     CoV             V

(c) Il est sur le point de se mettre à manger
             CoV                      CoV           V

Toutefois, toute séquence de ce type ne constitue pas une périphrase verbale. Il faut encore qu’elle ne contienne qu’un seul élément verbal en emploi prédicatif (i.e. régissant des arguments, et susceptible de se faire suivre d’une complétive conjuguée ; cf. ci-dessus, § 1.4.3.). Une périphrase verbale sera donc définie comme une séquence maximale d’éléments verbaux ne contenant qu’un élément prédicatif (verbe ou coverbe), lequel occupe la dernière position de la séquence. Ainsi dans

(23)     (a) Pour doper son audience, AB1 voulait se mettre à diffuser en clair entre 19h30 et 22h30. (La Tribune 10/04/2009, Europresse)

vouloir constitue bien un coverbe, mais comme cet élément est prédicatif, il n’entre pas dans la périphrase verbale, qui se limite à « se mettre à diffuser... » :

(23)    (b) AB1    voulait   se mettre à    diffuser CoV         CoV               V préd.     [non préd.        préd. ]                               [ périphrase verbale ]

Remarquons que la notion de coverbe ne désigne qu’un fonctionnement syntaxique de surface, et recouvre à la fois des éléments verbaux prédicatifs et non prédicatifs (les (semi-)auxiliaires constitutifs des périphrases verbales). Soit quelques exemples :

(24)    (a) Nous devons attendre les prochaines négociations bilatérales, a cependant ajouté le secrétaire d’État qui avait souhaité commencer à recevoir du côté arabe certains nouveaux et différents signaux. (Le Devoir, 21/07/1992, Europresse)

(b) qui    avait      souhaité  commencer à   recevoir
              CoV           CoV        CoV                 V
          [non préd.      préd.]    [non préd.       préd.]
          [périphrase verbale]    [périphrase verbale ]

(25)    (a) L’interdiction préfectorale complétée par une alerte n’a pas dissuadé cet habitant de Château-l’Evêque qui risque de regretter d’avoir fait brûler des déchets verts. (Sud-Ouest-site Web, 24/09/2012, Europresse)

(b) qui     risque de     regretter        d’avoir        fait        brûler
                  CoV            CoV             CoV          CoV          V
              [non préd.        préd.]        [non préd.   non préd.    préd.]
              [ périphrase verbale ]        [        périphrase verbale        ]

(26)    (a) Pontdebois se trouvait à la maison et commençait à regretter de s’être laissé retenir à déjeuner. (M. Aymé, Travelingue)

(b) P.   commençait à      regretter de    s’être         laissé        retenir à      déjeuner
                CoV                   CoV             CoV           CoV           CoV             V 
            [non préd.                préd.]       [non préd.    non préd.    non préd.      préd   ]
            [    périphrase verbale      ]       [                     périphrase verbale                   ]

En somme, dans une séquence de coverbes suivis d’un verbe, le dernier élément (V) est nécessairement prédicatif. Les éléments verbaux qui le précèdent sont des coverbes (CoV), qui peuvent être prédicatifs ou non prédicatifs. Si nous considérons vouloir, souhaiter et regretter comme des coverbes prédicatifs dans les phrases ci-dessus, c’est parce qu’ils acceptent de régir une complétive conjuguée, alors que ce n’est pas le cas des autres coverbes dans ces séquences. Seuls les verbes (nécessairement prédicatifs) et les coverbes prédicatifs peuvent constituer les éléments terminaux de périphrases verbales.

3.2. Classement des coverbes.

Il importe tout d’abord de préciser que ce que l’on cherche à classer, ce sont des fonctionnements au sein de l’énoncé et non des unités lexicales. Certes, certaines unités lexicales ne peuvent assurer qu’un seul type de fonctionnement, mais c’est loin d’être le cas général, comme le montrent les différents emplois de aller (cf. ex. 8a-d). De plus, certains fonctionnements sont mixtes, au sens où ils correspondent à deux types de fonctionnement identifiés par ailleurs. A titre d’exemple, on peut citer le cas de « envoyer x Vinf » dans une phrase du type

(27)    Je l’ai envoyé faire les courses

qui combine à la fois un fonctionnement de coverbe de mouvement (du type « aller Vinf ») lequel sélectionne la phase pré-processuelle (i.e. la phase qui précède immédiatement le procès « faire les courses »), et un fonctionnement de type causatif, glosable par « causer [x aller faire les courses] » (voir ci-dessous § 3.4).

La première distinction à faire dans le domaine des éléments verbaux fonctionnant comme coverbes, oppose donc les coverbes prédicatifs aux coverbes non prédicatifs. Si les premiers ont statut de prédicats verbaux et régissent une structure argumentale, les seconds fonctionnent comme opérateurs (voir ci-dessus, § 1.4.3.) au sein de périphrases verbales. Ce sont eux que l’on qualifie généralement de « (semi-)auxiliaires ».

Parmi les coverbes non prédicatifs (ou (semi-)auxiliaires à valeur d’opérateurs), trois grandes catégories peuvent être distinguées en fonction de l’opération sémantique qu’ils codent :

a) les opérateurs aspectuo-temporels
b) les opérateurs de diathèse
c) les opérateurs modaux.

Ces opérations peuvent être conçues comme des modifications du prédicat sur lequel portent les opérateurs. Ainsi un opérateur aspectuo-temporel sert à modifier la structure aspectuelle du prédicat, par exemple en sélectionnant une des phases du procès exprimé par le prédicat (ex. « commencer à marcher ») ; un opérateur de diathèse modifie la structure argumentale du prédicat, soit en ajoutant un argument (diathèse causative, ex. « y laisser x dormir »), soit en en retranchant un (diathèse récessive, ou passive, ex. « x être recherché ») ou en en modifiant l’ordre d’apparition (diathèse passive : « x être recherché par y ») ; un opérateur modal inscrit le prédicat (ou la prédication tout entière) dans la portée d’une modalité [Note 5] (ex. « devoir partir »).

3.3. Les (semi-)auxiliaires aspectuo-temporels.

Nous détaillons ici la classe des (semi-)auxiliaires aspectuo-temporels. Deux grands types d’opérations aspectuelles doivent être distingués : a) la construction d’une série itérative fréquentative, b) la sélection d’une phase du procès (voir la notice sur l’aspect verbal).

3.3.1. Les périphrases exprimant l’habitualité.

Les périphrases qui déclenchent la construction d’une série itérative fréquentative (i.e. d’une série itérative dont le nombre d’occurrences reste indéterminé), expriment pour la plupart l’habitualité, c’est-à-dire l’itération relativement régulière d’un procès sur une période assez longue, susceptible de caractériser le comportement de l’individu désigné par le sujet de la prédication (Boneh & Doron 2010) ; Bertinetto & Lenci 2012). Il s’agit des expressions : « avoir l’habitude de Vinf », « avoir pour habitude de Vinf », « avoir (pour) coutume de Vinf. », « avoir accoutumé de Vinf ». On observe un fonctionnement mixte avec « prendre l’habitude de Vinf » « garder/ conserver l’habitude de Vinf » et « perdre l’habitude de Vinf », qui sélectionnent respectivement la phase initiale, la phase médiane et la phase finale (voir ci-dessous) de la série itérative fréquentative, et qui marquent donc simultanément l’aspect habituel et la sélection d’une phase :

(28)    Manière de rappeler que ces dernières années à Toulouse, les polices nationales et municipales ont pris l’habitude de travailler ensemble pour sécuriser d'importants rassemblements. (La Dépêche du Midi, 01/11/2018, Europresse).

On pourrait objecter que « avoir l’habitude » se fait suivre également d’une forme conjuguée en « que p », contrevenant ainsi au principe général de discrimination des périphrases verbales :

(29)    Depuis que je suis en France, j’ai l’habitude que mes équipes débutent mal leur saison. (Ouest-France, 27/10/2018, Europresse).

Mais dans ce cas, si la phrase dénote bien une situation habituelle, il ne peut s’agir d’habitualité au sens strict, définie comme exprimant une caractéristique comportementale du référent du sujet de la prédication, comme dans :

(30)    Bipolaire, cette maman de deux filles, a l’habitude de déjeuner chez ses parents le dimanche. (La Provence, 01/11/2018, Europresse).

On considèrera donc que seule « avoir l’habitude de Vinf » constitue une périphrase aspectuelle exprimant l’habitualité.

Les expressions « ne pas cesser de Vinf » et « ne faire que de Vinf », dans l’un de leurs emplois, constituent également des périphrases itératives, mais s’il s’agit là encore d’itération fréquentative, elles n’expriment pas pour autant l’habitualité, au sens où elles ne marquent pas nécessairement une caractéristique stable d’un référent désigné par le sujet de la prédication. C’est pourquoi, à la différence des périphrases précitées, elles se combinent sans difficulté avec un verbe impersonnel :

(31)    Pendant toute la soirée, il n’a pas cessé de / n’a fait que de pleuvoir (*a eu l’habitude/ coutume de pleuvoir).

Les autres formes périphrastiques à valeur aspectuo-temporelle servent fondamentale­ment à sélectionner une phase du procès.

3.3.2. Les périphrases opérant la sélection d’une phase de procès.

On admet qu’un procès (état ou événement) est virtuellement décomposable en phases,  c’est-à-dire en parties définies par leurs positions relatives au sein du procès (techniquement, il s’agit d’une notion méréotopologique), selon une structure générale  qui distingue : 1) une phase pré-processuelle, 2) une phase post-processuelle, 3) une phase processuelle qui se divise elle-même en 3a) une phase initiale, 3b) une phase médiane, et 3c) une phase finale.

Ces différentes phases peuvent être sélectionnées au moyen de cinq classes de (semi-) auxiliaires : a) les auxiliaires de conjugaison, b) les auxiliaires de visées aspectuelle, c) les coverbes de phase, d) les coverbes de modalité d’action, e) les coverbes de mouvement. Nous consacrerons une sous-section à chacune de ces classes.

3.3.3. Les auxiliaires de conjugaison.

Les auxiliaires de conjugaison permettent de construire une forme composée correspondant à une forme simple, sur la base de principes morphologiques réguliers : la flexion de la forme simple est transférée à l’auxiliaire, qui se fait suivre du verbe au participe passé. Soit le tableau des formes verbales simples et composées (nous retenons, par commodité, les appellations traditionnelles) :

Tableau 1 : formes verbales simples et composées
Formes simples Formes composées
présent passé composé: aux de présent + V au Ppé
imparfait plus-que-parfait: aux à l'imparfait + V au Ppé
passé simple passé antérieur: aux au passé simple + V au Ppé
futur futur antérieur: aux au futur + V au Ppé
conditionnel présent conditionnel passé: aux au cond. présent + V au Ppé
subjonctif présent subjonctif passé : aux au subj. présent + V au Ppé
impératif impératif passé : aux à l'impératif + V au Ppé

Ces auxiliaires sont donc intégrés au système des conjugaisons du français.

Au plan sémantique, il y a lieu de se demander s’ils expriment le temps et/ou l’aspect (les grammaires divergent à cet égard). Le cas est particulièrement net au passé composé. Tantôt il paraît marquer un présent accompli (32a), tantôt il semble exprimer un passé à visée globale (32b) :

(32)    (a) Il a terminé son travail depuis deux jours (b) Il a terminé son travail avant-hier.

Remarquons que les deux interprétations peuvent difficilement se combiner, même si, au plan référentiel, la situation est parfaitement envisageable :

(32)    (c) ?? Il a terminé son travail depuis deux jours, avant-hier.

Pourtant, en l’absence de déterminations contextuelles, il ne paraît pas possible de choisir l’une ou l’autre des deux interprétations, sans que cela conduise, généralement, à une véritable ambiguïté :

(32)    (d) Il a terminé son travail.

Une solution relativement simple (cf. Gosselin 2019) consiste à admettre que, dans ces formes composées, le verbe au participe passé exprime le procès (la phase processuelle) tandis que l’auxiliaire (être ou avoir) sélectionne systématiquement la phase post-processuelle (voir la figure 4).

schéma
Figure 4 : structure des temps composés

Les indications de temps et d’aspect portées par l’auxiliaire affectent donc la phase post-processuelle. Par exemple, au passé composé, la phase post-processuelle sera présentée comme simultanée au moment de l’énonciation, sous une visée inaccomplie (valeur du présent de l’auxiliaire), tandis que la phase processuelle, exprimée par le verbe au participe passé est, par définition, antérieure, et présentée sous une visée globale (valeur du participe passé). Ce sont alors les indications co(n)textuelles qui peuvent accorder une saillance prépondérante à la phase post-processuelle (32a) ou à la phase processuelle (32b). En (32d), hors contexte, aucune des deux phases n’est prépondérante. L’anomalie de (32c) provient de ce que les deux phases ne peuvent, évidemment, être toutes les deux prépondérantes. Sur la base d’une structure aspectuo-temporelle unique, les éléments co(n)textuels produisent donc des effets de sens que la tradition qualifie de valeur « aspectuelle » (32a) ou « temporelle » (32b) des temps composés (bien qu’en réalité les deux valeurs aient chacune une composante temporelle et une composante aspectuelle).

3.3.4. Les auxiliaires de visée aspectuelle.

Les auxiliaires de visée aspectuelle (aller, venir de, être en train de, être sur le point de...) servent uniquement à sélectionner une phase du procès sur laquelle ils font porter la visée aspectuelle marquée par leur conjugaison. Ainsi, dans

(33)    Il était sur le point de sortir

la périphrase « être sur le point de Vinf » sélectionne la phase pré-processuelle, et fait porter la valeur aspectuo-temporelle de l’imparfait (de passé inaccompli) sur cette phase pré-processuelle.

On obtient donc une configuration comparable à celle des temps composés, à ceci près que la phase sélectionnée diffère selon l’auxiliaire de visée aspectuelle choisi :

schéma
Figure 5 : structure associée à « être sur le point de Vinf »

schéma
Figure 6 : structure associée à « venir de Vinf »

L’ambiguïté virtuelle observée à propos des formes composées (généralement exprimée en termes de valeur temporelle et de valeur aspectuelle) se retrouve avec les auxiliaires de visée aspectuelle, mais uniquement avec « aller Vinf » et, dans une moindre mesure avec « venir de Vinf ». En effet, selon les contextes, c’est la phase sélectionnée par l’auxiliaire qui reçoit une saillance prépondérante (on parle alors de valeur « aspectuelle »), ou bien c’est la phase processuelle désignée par l’infinitif (valeur dite « temporelle »). Avec les auxiliaires de visée aspectuelle autres que aller et venir de, c’est systématiquement la phase sélectionnée par l’auxiliaire qui est prépondérante. Exemples :

(34)    (a) Quand il va pleuvoir, il fera froid [valeur temporelle de « futur proche »]

(b) Quand il va pleuvoir, il fait froid [valeur aspectuelle de « présent prospectif », avec effet itératif induit par la combinaison du présent et de la conjonction quand].

Dans (34a), c’est la phase processuelle qui est prépondérante ; c’est elle qui sert de point de repère pour localiser le procès de la principale. La valeur de la forme périphrastique est alors proche de celle du futur simple. A l’inverse, en (34b), c’est la phase pré-processuelle qui sert à repérer le procès de la principale, et la valeur de la forme périphrastique se dissocie nettement de celle du futur simple. De même, aller prend une valeur dite « temporelle » en (35a) et (36a), et « aspectuelle » en (35b) et (36b) :

(35)    (a) Dans cinq minutes, on va bien rigoler (exemple attesté cité par Sundell 1991 et commenté par C. Vet 1993 : 79)

(b) Je vois que Pierre va se fâcher (Vet 1993 : 74)

(36)    (a) Charles lui parla doucement, lui disant qu’il allait partir dès que le louveteau serait sur pattes [...]. (P. Vallin, Le Huron blanc)

(b) Enfin, malgré les efforts de la police, la maison allait être envahie, lorsqu’un homme s’élança à travers la foule [...]. (J. Verne, Un drame en Livonie).

Cette double possibilité ne se retrouve pas avec être sur le point de, qui accorde systématiquement à la phase pré-processuelle un statut prépondérant :

(37)    Quand Luc est sur le point de partir, il *sera / est anxieux.

En revanche venir de prend une valeur « temporelle » (de « passé récent ») en (32a) et « aspectuelle » (d’accompli) en (32b) :

(38)    (a) Nous venons récemment de perdre encore une sœur charmante. (Lamartine cité par Gougenheim 1929 : 127) [l’adverbe récemment marque la valeur temporelle de passé récent]

(b) Chatterton venait d’expirer depuis peu de jours lorsque parurent à la fois un poème burlesque et un pamphlet sur sa mort. (Vigny cité par Gougenheim 1929 : 127) [le circonstanciel [depuis + durée] indique ici la visée aspectuelle d’accompli].

Or, même quand ils prennent une valeur strictement aspectuelle, les auxiliaires de visée aspectuelle doivent cependant être distingués des coverbes de phase (s’apprêter à, commencer à, continuer de, achever de...), qui eux-aussi servent uniquement à sélectionner une phase de procès. On a en effet pu montrer que ce deux classes de (semi-) auxiliaires présentaient des caractéristiques distributionnelles bien distinctes (Gosselin 2010b) :

a) Les auxiliaires de visée aspectuelle peuvent porter sur les coverbes de phase, alors que la réciproque est fausse (cf. François 2003, chapitre 5, Laca 2004, 2005).

– auxiliaires de visée aspectuelle portant sur des coverbes de phase :

(39)    (a)      venir de                           cesser de          Vinf            aller                                commencer à            être sur le point de         finir de            être en train de               s’apprêter à

(b) A signaler, vers 16 heures, alors que la pluie venait de cesser de tomber, monsieur le Maire et madame ont entamé, à leur tour, le circuit de la randonnée. (Le Progrès, 28/05/2008, Europresse)

(c) Débarqué à Montréal au milieu des années 90 pour suivre un cours en aérospatiale, il était sur le point de commencer à travailler chez Bombardier quand Yvon Michel, alors grand manitou d’InterBox, l’a invité à se joindre au groupe, en 1998. (Le Quotidien, 26/10/2007, Europresse)

(39d) Au palais de justice, un magistrat assure tout simplement que le juge en question, attendu par les avocats, « était en train de finir de déjeuner avec les gendarmes ». (Centre Presse, 17/12/2010, Europresse).

– coverbes de phase ne pouvant porter sur des auxiliaires de visée aspectuelle :

(40)    *commencer à     être sur le point de    Vinf *finir de               être en train de *cesser de            venir de *s’apprêter à

Remarquons que lorsqu’un coverbe de phase porte sur « aller/venir de Vinf », ces derniers ne peuvent être interprétés que comme coverbes de mouvement (et non comme auxiliaires de visée aspectuelle) :

(41)    Au moment où Doremus se disposait à aller remettre sa missive au courrier [...], Geroul entra dans la pièce. (M. Paillet, Les noyées du grau de Narbonne).

b) Seuls les coverbes de phase sont récursifs (cf. Laca 2005) dans la mesure où, pour tout coverbe de phase, il existe au moins une sous-classe de coverbes de phase susceptibles de le prendre dans leur portée, alors qu’un auxiliaire de visée aspectuelle ne peut jamais être dans la portée d’un autre.

– coverbes de phase portant sur des coverbes de phase :

(42)    (a)    cesser de            s’apprêter à         Vinf          commencer à          continuer de (b)    s’apprêter à    cesser de            Vinf                                      commencer à                                      continuer de                                      finir de

(c) D’après le site Univers Freebox, l’opérateur a annoncé lundi soir qu’il s’apprêtait à cesser de diffuser les chaînes du groupe TF1 sur sa box. (Midi Libre.com, 06/03/2018, Europresse)

(d) Les pêcheurs ont commencé à s’apprêter à aller au large, tout risque cyclonique étant écarté, selon les experts de météo France Mayotte. (AFP Infos Françaises, 25/12/2006, Europresse)

(e) Spollen se disposait à continuer à parler dans ce sens lorsqu'il fut interrompu par un M. Fitz-Patrick, qui s’adressa aux spectateurs et leur dit que les citoyens devaient donner le bon exemple [...]. (Journal des débats politiques et littéraires, 22/08/1857, Gallica).

– auxiliaires de visée aspectuelle ne pouvant porter sur des auxiliaires de visée aspectuelle :

(43)    (a)   être en train de        *être sur le point de       Vinf                                            aller                                            ? venir de (b)  être sur le point de     ? venir de                  Vinf                                            *être en train de                                             aller

Remarquons, là encore, que aller peut apparaître dans la portée d’un auxiliaire de visée aspectuelle s’il est interprété comme coverbe de mouvement :

(44)    Julien, vaincu, fut sur le point d’aller reprendre l'échelle et de remonter chez elle. (Stendhal, Le Rouge et le noir).

Par ailleurs, il peut lui-même porter sur un auxiliaire de visée aspectuelle à conditions qu’il soit pris dans sa valeur « temporelle » (et non « aspectuelle ») :

(45)    (a) Sans ces travaux de rénovation pour un montant de près de 7millions d’euros, l’intégralité de la ligne Oiry-Esternay allait être sur le point de fermer dans un avenir proche. (L’Union, 22/01/2018, Europresse) [le circonstanciel dans un avenir proche induit la prépondérance de la phase processuelle, et donc la valeur dite « temporelle » de aller]

(b) Samedi matin, à 4 h 30, quand il prend son service à la brigade « J 3 », il ne se doute pas que deux heures plus tard, il va être en train de nager en uniforme dans les eaux fraîches du canal de la Marne-au-Rhin, à Varangéville. (L’Est Républicain, 21/07/2014, Europresse)
[le circonstanciel deux heures plus tard joue un rôle comparable].

c) Seuls les coverbes de phase, par opposition aux auxiliaires de visée aspectuelle, peuvent figurer naturellement en fin d’énoncé, à la suite soit d’une pronominalisation, soit d’une ellipse de l’infinitif. Selon Kronning (2003 : 237), c’est le signe de leur caractère rhématique (focalisable) :

(46)     Il   commence      continue      finit      cesse      s’y met.

(47)   ?*Il   (en) est sur le point [Note 6]          (en) est en train          (en) est en passe          se / s’y prend #Il     y va          en vient.

Il ne paraît, en effet, pas envisageable d’énoncer « il y va / il en vient » sans que cela implique une forme de déplacement (et donc un fonctionnement de coverbe de mouvement), comme le montre l’impossibilité d’énoncer :

(48)    Il va pleuvoir             →*il y va Il vient de pleuvoir    →*il en vient.

d) Seuls les coverbes de phase supportent des groupes prépositionnels compléments « de manière » (Damourette et Pichon 1911-1940, V, §1605, Kronning 2003 : 241-242) :

– coverbes avec complément de manière :

(49)     (a) Il commence / continue / s’apprête  avec précaution à Vinf

(b) C'est encore pour faire réussir la perestroïka (restructuration) que Washington a commencé avec précaution à aider la Pologne et la Hongrie à transformer leurs systèmes communistes en sociétés pluralistes à économie de marché, a déclaré M. Baker. (La Presse, 21/09/1989, Europresse)

(c) Pline s’apprête, avec précaution, à déroger à cet usage. (A. Vial-Logeay, « Le latin, langue à vocation universelle selon Pline l’Ancien ? », in L. Villard (dir.), Langues dominantes, langues dominées, PURH, 2008 : 134).

– auxiliaires de visée aspectuelle incompatibles avec des compléments de manière :

(50)   *Il est en train / sur le point  avec précaution de Vinf #Il vient / va avec précaution (de) Vinf

Ces derniers exemples pourraient devenir acceptables si aller et venir étaient pris comme coverbes de mouvement, ou éventuellement si le complément de manière portait sur le Vinf.

L’ensemble de ces différences distributionnelles s’explique si l’on fait l’hypothèse que les auxiliaires de visée aspectuelle se contentent de sélectionner une phase du procès exprimé par le prédicat verbal, tandis que les coverbes de phase construisent un procès particulier (ou sous-procès), distinct du procès marqué par le prédicat verbal, mais qui entre en correspondance avec une phase de ce dernier (cf. Gosselin 2010b). La visée aspectuelle marquée par la flexion verbale qui affecte le semi-auxiliaire porte directement sur une phase du procès principal dans le cas où le semi-auxiliaire est un auxiliaire de visée aspectuelle, alors qu’elle porte sur un sous-procès quand le semi-auxiliaire est un coverbe de phase. Par exemple, dans la figure 5 (ci-dessus), être sur le point de sélectionne la phase pré-processuelle du procès principal, et fait porter la visée aspectuelle inaccomplie sur cette phase. En revanche, dans la périphrase « s’apprêter à Vinf », le coverbe de phase s’apprêter à construit un sous-procès qui entre en correspondance avec la phase pré-processuelle du procès principal (sans nécessairement recouvrir l’intégralité de cette phase : il n’y a pas forcément coïncidence entre la borne finale du sous-procès et celle de la phase pré-processuelle du procès principal ; après s’être apprêté, le sujet peut être prêt, avant que le procès principal ne commence). Soit :

schéma
Figure 7 : structure associée à « s’apprêter à Vinf »

On comprend ainsi pourquoi :

a) un auxiliaire de visée aspectuelle peut porter sur un coverbe : il sert à sélectionner une phase du sous-procès (ex. 39a-d) ; alors que l’inverse est impossible, parce qu’inconcevable : un sous-procès ne peut entrer en correspondance avec une visée aspectuelle (40) ;

b) les coverbes de phase sont récursifs : il est toujours possible d’extraire une phase d’un sous-procès (42a-d) ; alors qu’une visée aspectuelle ne saurait porter sur une visée aspectuelle (43) ;

c) seuls les coverbes de phase peuvent être focalisés parce que la focalisation simple ne peut porter que sur des éléments à valeur référentielle (Gosselin 2010b) et que les sous-procès, à la différence des visées aspectuelles, ont une valeur référentielle (46, 47) ;

d) seuls les coverbes de phase supportent des compléments de manière, car les sous-procès, contrairement aux visées aspectuelles, sont susceptibles d’avoir un mode de déroulement particulier (49a-c, 50).

Cet ensemble de caractéristiques distributionnelles nous conduit à retenir les auxiliaires de visée aspectuelle suivants, qui sont classés en fonction des phases qu’ils sélectionnent et des visées aspectuelles qu’ils expriment :

Tableau 2 : auxiliaires de visée aspectuelle
Phase Visée aspectuelle Auxiliaires de visée
aspectuelle
pré-processuelle prospective aller
être sur le point de
être en passe / voie de
processuelle inaccomplie
(imperfective, sécante)
être en train de
(en) être à
  [Exemple]  
initiale inchoative se (re)prendre à   [Exemple]  
venir à   [Exemple]  
résultante accomplie venir de

3.3.5. Les coverbes de phase.

Comme on vient de le voir, les coverbes de phase servent à construire un sous-procès qui entre en correspondance avec une phase du procès principal, ou avec une phase d’un autre sous-procès dans le cas où le coverbe de phase porte lui-même sur un autre coverbe de phase (ex. commencer à se préparer à Vinf). Soit la liste de ces coverbes, classés en fonction des phases qu’ils expriment (on essaie de ne retenir ici que ceux qui sont purement aspectuels, au sens où ils servent principalement à exprimer une phase du procès sans en préciser le mode de déroulement, par opposition aux coverbes de modalité d’action et aux coverbes de mouvement qui seront présentés dans les sous-sections suivantes).

Tableau 3 : coverbes de phase
Phase Coverbe de phase
préparatoire être prêt à
être (tout) près de
être à deux doigts de
s'apprêter à
se préparer à
se disposer à
initiale commencer à
se mettre à
médiane continuer de
ne pas cesser de
[en emploi
singulatif   [Exemple]  ]
finale cesser de
achever de
(s')arrêter de
finir de

Pour identifier la phase sélectionnée par le coverbe, on prend appui sur le principe général suivant : le déroulement d’une phase présuppose toujours celui des phases précédentes, mais n’implique pas le déroulement des phases ultérieures (même si des considérations d’ordre pragmatique peuvent parfois conduire à des inférences plausibles). Cela veut dire que si l’on asserte qu’un procès est dans sa phase médiane, par exemple, on présuppose nécessairement qu’il a d’abord été dans sa phase pré-processuelle, puis dans sa phase initiale, mais cela n’implique pas qu’il parvienne à ses phases finale et résultante. Ainsi, de (51a), on peut déduire (51b,c), mais non (51d,e) :

(51)    (a) Le duc continua de traverser les appartements.(W. Scott, Les aventures de Nigel, trad. Montémont, 1838)

(b) Le duc avait été sur le point de traverser les appartements

(c) Le duc avait commencé à traverser les appartements

(d) Le duc acheva de traverser les appartements

(e) Le duc a traversé les appartements (depuis longtemps).

3.3.6. Les coverbes de modalité d’action.

Les coverbes de modalité d’action ont un fonctionnement similaire aux coverbes de phase (ils déclenchent la construction d’un sous-procès correspondant à une phase du procès principal), mais ils y ajoutent l’expression de caractéristiques concernant le déroulement de ce sous-procès. Ces caractéristiques portent principalement sur sa vitesse d’exécution – qui peut être lente : tarder à, ou rapide : se hâter de – ainsi que sur le contrôle et la difficulté de son exécution par l’agent, qui peuvent être plus (s’atteler à, s’acharner à, réussir à) ou moins importants (se laisser aller à). François (2003) les répartit respectivement en « modalités temporelles d’action » et en « modalités participatives d’action ». Soit un classement des coverbes de modalité d’action en fonction des phases du procès principal qu’ils expriment :

Tableau 4 : coverbes de modalité d'action
Phase coverbes de modalité
temporelle d'action
coverbes de modalité
participative d'action
pré-processuelle tarder à
traîner à
se proposer de
hésiter à
processuelle se dépêcher de
se hâter de
faire vinaigre à
  [Exemple]  
mettre du temps à
prendre le temps de
être long à
ne pas traîner à
s'empresser de
avoir le temps de
avoir vite / tôt fait de
ne pas laisser passer l'occasion de
se charger de
réussir à
parvenir à
oser
se hasarder à
initiale   s'atteler à
se laisser aller à
médiane ne pas en finir deaccomplie s'acharner à
s'efforcer de
s'affairer à
s'évertuer à
s'opiniâtrer à
persister à
persévérer à
s'entêter à
s'épuiser à
s'évertuer à
s'affairer à
être occupé à
s'occuper de/à
être absorbé à
s'obstiner à

Pour distinguer les coverbes qui sélectionnent la phase processuelle de ceux qui ne retiennent que la phase médiane, nous utilisons le principe général ci-dessus, mais en veillant à conjuguer le coverbe à un temps marquant une visée aspectuelle globale (aoristique), c’est-à-dire une visée qui englobe la totalité du sous-procès construit par le coverbe. On oppose ainsi les exemples suivants :

(52)     (a) Il s’empressa / eu vite fait de / osa rédiger un mot d’excuses [=> il rédigea un mot d’excuses : phase processuelle]

(b) Il s’acharna / s’obstina à rédiger un mot d’excuses [≠> il rédigea un mot d’excuses : phase médiane ; on peut enchaîner sur « mais il n’y parvint pas »]

La périphrase « ne pas en finir de Vinf » sélectionne la phase médiane d’un procès non ponctuel (53a,b), mais avec un procès ponctuel, qui n’a pas de phase médiane accessible, elle se reporte sur la phase pré-processuelle (54a,b) :

(53)    (a) Il se leva. Il n’en finissait pas de déployer son corps d'écorce et de corde. (D. Pennac, Monsieur Malaussène)

(b) Bien sûr, je savais que je n’étais rien ; rien qu’un garnement qui n’en finissait pas de grandir. (A. Jardin, Bille en tête)

(54)    (a)) Il en avait brusquement assez de Fléchelle et de cette fille qui n’en finissait pas de se tuer [≈ qui ne se décidait pas à se tuer]. (Boileau-Narcejac, La mort a dit : peut-être)

(b) Elle n’en finissait pas de trouver une carte pour lui laisser son adresse ; enfin elle partit. (F. Mauriac, Le Mystère Frontenac).

Le cas de chercher à, essayer de, tenter de est un peu délicat, car ils peuvent renvoyer aussi bien aux phases pré-processuelle, initiale, médiane, voire finale, mais ils indiquent systématiquement que la borne finale n’a pas (encore) été atteinte :

(55)    Il a cherché à /essayé /tenté de lire Proust intégralement [≠> il a lu Proust intégralement ; on peut enchaîner sur « mais il n’y est pas parvenu »].

Leur valeur phasale se définit donc négativement : ils sélectionnent n’importe quelle phase du procès pourvu qu’elle soit antérieure à sa borne finale.

Quant aux coverbes omettre de, oublier de, négliger de, se dispenser de, qui impliquent la non réalisation du procès, on admettra qu’il s’agit bien de coverbes de modalité participative d’action – puisqu’ils indiquent le degré d’intentionnalité de l’agent – mais non de coverbes de phase dans la mesure où ils n’impliquent la réalisation d’aucune des phases du procès, pas même la phase pré-processuelle   [Note 10]  . De sorte que les coverbes de modalité d’action dans leur ensemble, ne constituent pas une sous-classe des coverbes à valeur aspectuelle, mais qu’il s’agit de deux ensembles de coverbes en intersection. Cette remarque ne nous conduit toutefois pas à remettre en question la tripartition présentée au § 3.2 entre coverbes non prédicatifs aspectuo-temporels, de diathèse et modaux, car les coverbes de modalité d’action qui ne sont pas subsumés par les coverbes aspectuo-temporels, le sont par les coverbes modaux, dans la mesure où ils indiquent tous l’invalidation du prédicat.

3.3.7. Les coverbes de mouvement.

Il a été proposé d’intégrer également les coverbes de mouvement parmi les périphrases aspectuelles. Ainsi Lamiroy (1983) et Vet (1987) admettent-ils que dans les constructions du type [V de mouvement + (prép) Vinf] (ex. « courir acheter du pain », « descendre faire les courses », « s’asseoir à manger » – ce dernier type d’expression n’étant pas également accepté dans toutes les régions de France et de Belgique.), le Vinf n’est ni un complément circonstanciel de but, ni un complément essentiel de destination-but, mais forme avec le verbe de mouvement un « prédicat complexe » (Vet 1987), de sorte que le coverbe de mouvement peut être considéré comme un semi-auxiliaire (Leeman-Bouix 1994 : 124).

Le Vinf n’est pas un circonstanciel (contrairement à ce que prétendaient les grammaires classiques qui supposaient une ellipse de la préposition pour), car il ne tolère ni le déplacement, ni la négation, ni le clivage, comme le montrent les contrastes :

(56)    (a) Je cours pour attraper mon train (b) Je cours attraper mon train

(57)    (a) Pour attraper mon train, je cours. (b) *Attraper mon train, je cours.

(58)    (a) Je cours pour ne pas manquer mon train (b) ?*Je cours ne pas manquer mon train

(59)    (a) C’est pour attraper mon train que je cours (b) *C’est attraper mon train que je cours.

Quant à la question de savoir s’il s’agit de compléments essentiels de localisation-but (destination), elle est plus controversée. Certes, Gross (1975 : 165) avance en faveur de l’analyse selon laquelle l’infinitif jouerait un rôle de locatif les deux arguments suivants : a) il répond à la question où? b) il est pronominalisable par y « Où va-t-il? Il va acheter du pain. Il y va ». Mais Lamiroy (1983: 66 sq.) répond que ces propriétés sont loin d’être généralisables : « ??Où sort-il? Il sort acheter du pain. ?*Il y sort ». Cependant l’argument le plus décisif pour exclure cette analyse de l’infinitif comme complément essentiel de destination-but paraît être de nature sémantique. Damourette et Pichon (1911-1933, III, § 1055) opposaient déjà les tours « Louis veut mourir », dans lequel mourir est un véritable complément de vouloir, à « Louis vient déjeuner », en des termes très proches de ceux que l’on utiliserait aujourd’hui :

Il y a lieu, en effet, de séparer le groupe Louis veut mourir du groupe Louis vient déjeûner. [...] Quand on dit Louis veut mourir, mourir est certes prédicatif, mais ce caractère verbal est enfermé en entier dans la valence du complément ; c’est, si nous osons ainsi parler, une prédicativité enclose [...]. De là le parallélisme absolu avec Louis veut que tu meures (ou même Louis veut que lui-même meure) [...] Au contraire, dans Louis vient déjeûner, déjeûner est non seulement prédicatif, mais encore sa valeur prédicative verbale vient se fondre, se télescoper en quelque sorte dans celle de vient, dont elle n’est que la prolongation [...] : l’action de déjeûner est en quelque sorte déjà entamée par les pas que fait Louis vers la maison où il doit manger.

Autrement dit, dans ces tours, le verbe à l’infinitif et le coverbe de mouvement constituent un prédicat complexe, tel que le coverbe exprime le mode de déroulement de la phase pré-processuelle du procès exprimé par le verbe à l’infinitif (ex.: courir faire les courses, venir manger, s’asseoir à manger) ou celui de sa phase post-processuelle (ex.: rentrer de faire les courses, revenir de faire les courses). Dans ces périphrases, le rôle des prépositions est décisif : à exprime une « image d’en-deçà », une « visée prospective », tandis que de indique une « image d’au-delà », une « visée rétrospective » (Guillaume repris par Cadiot 1997, p. 66, Curat 1991, p. 101).

Soit un tableau regroupant différents coverbes de mouvement en fonction des phases qu’ils expriment :

Tableau 5 : coverbes de mouvement
Phase Coverbes de mouvement
pré-processuelle partir
rentrer
s'installer à
aller
aller pour
courir
accourir
s'arrêter à
rester (à)
monter
descendre
plonger
filer
s'amener (à)
foncer
se précipiter à
médiane se tenir (là) à
être là à
rester (SN temporel)(Adj)
  [Exemples]  
post-processuelle (re)venir
rentrer de
(re)descendre de
remonter de
sortir de

On notera que des coverbes comme s’arrêter à, rester à, se tenir là à, être là à expriment non pas le mouvement, mais le maintien par l’agent d’une localisation.

Si nous avons classé des verbes comme aller, courir, foncer, accourir, etc. comme coverbes de phase pré-processuelle, c’est, en nous fondant toujours sur le même principe, parce que lorsqu’ils sont conjugués à un temps exprimant une visée inaccomplie, ils n’impliquent pas que le procès lui-même (exprimé par Vinf) ait débuté, comme le montre cet enchaînement :

(60)    J’allais me désaltérer à la fontaine de St Peter quand on me tapa sur l’épaule. (K. Sedley, Le Trésor de Tintern, trad. C. Derblum).

3.4. Éléments hybrides.

La tripartition des coverbes non prédicatifs en a) opérateurs aspectuo-temporels, b) opérateurs de diathèse, et c) opérateurs modaux n’empêche pas qu’il y ait des marqueurs hybrides, i.e. des coverbes qui expriment simultanément plusieurs valeurs d’opérateurs. On a déjà vu ce phénomène se produire au sein des opérateurs aspectuo-temporels, avec les coverbes qui sélectionnent une phase d’une série itérative fréquentative (voir supra § 3.3.1). On peut mettre en évidence leur double valeur (de coverbe de phase et de coverbe d’habitualité) au moyen de gloses utilisant deux coverbes distincts pour exprimer de façon analytique le contenu d’un seul (le marqueur hybride). Ainsi « prendre l’habitude de Vinf », « s’habituer à Vinf », « s’accoutumer à Vinf » se laissent gloser par « se mettre à avoir l’habitude de Vinf » ; de même « perdre l’habitude de Vinf » et « se déshabituer de Vinf » sont équivalents de « cesser d’avoir l’habitude de Vinf ». Exemples :

(61)    (a) Les systèmes informatiques ont été harmonisés, des expérimentations de travail en commun ont été menées, si bien que les personnels se sont accoutumés à collaborer [≈ se sont mis à avoir l’habitude de collaborer]. (Le Monde, 16/10/2007, Europresse)

(b) La circulation des voitures peut parfois constituer un frein pour ceux qui ont perdu l’habitude de pédaler ≈ ont cessé d’avoir l’habitude de pédaler]. (Le Télégramme, 26/02/2019, Europresse).

Ce phénomène d’hybridation se produit également dans les cas suivants :

a) diathèse factitive + diathèse passive : « se laisser Vinf », « se faire Vinf », « se voir Vinf / Vppé » (Bat-Zeev Shyldkrot 2005).

b) diathèse causative + valeur de coverbe de mouvement (avec sélection d’une phase) : « retenir SN à Vinf » ≈ faire rester à), « laisser SN quelque part à Vinf », « envoyer SN Vinf » (≈ faire aller), « expédier SN Vinf » (≈ faire aller), « emmener SN Vinf » (≈ faire aller avec soi).

(62)     (a) L'empereur l’a retenu à dîner [≈ l’a fait rester à dîner] ainsi que sa femme, et s’est montré fort aimable pour eux. (Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, Frantext)

(b) Mais, je vous voir venir. Vous allez m’expédier dans des coins impossibles, écrabouiller des types que je n’ai jamais vus [...] [≈ me faire aller écrabouiller des types]. (A. Héléna, Les salauds ont la vie dure).

c) phase + modalité :

– sélection de la phase pré-processuelle + invalidation de la prédication : « faillir Vinf », « manquer (de) Vinf ».

(63)    Au lieu de se sentir, plus les jours s’écoulaient, délivré de la crainte d’avoir manqué d’être pris dans un piège [≈ d’avoir été sur le point d’être pris], il ne faisait qu’imaginer, partout, de nouveaux pièges préparés à son intention. (F. Carco, L’Homme traqué)

– sélection de la phase pré-processuelle + évaluation appréciative négative : « menacer de Vinf ».

(64)    Les munitions menaçaient de manquer. (J. Verne, Nord contre Sud)

– sélection de la phase pré-processuelle + modalité volitive : « être tenté de Vinf »

(65)    J’étais tenté de suivre le quai jusqu’au square de l’Alboni. (Modiano, Accident nocturne)

d) diathèse factitive + phase + habitualité : « habituer/ accoutumer SN à Vinf » (≈ faire prendre l’habitude de), « désaccoutumer SN de Vinf » (≈ faire perdre l’habitude).

(66)     (a) Dès lors le chat joua un grand rôle dans le ménage : on l’habitua à jouer tranquillement et à ne pas quitter la chambre. [≈ lui fit prendre l’habitude de jouer tranquillement] (Champfleury, Les Aventures de Mademoiselle Mariette, Frantext)

(b) L’un des plus tristes phénomènes que nous ayons vécus depuis une cinquantaine d'années est la manière inexorable avec laquelle la télévision a désaccoutumé l’humanité de lire. [≈ fait perdre l’habitude de lire] (Le Monde 19/12/2009).

e) diathèse causative + sélection d’une phase : « donner à Vinf » (Bouveret 2012). On peut ainsi comparer « faire manger les enfants » et « donner à manger aux enfants », présentés selon une visée globale (i.e. montrant l’intégralité de la phase sélectionnée) :

(67)    (a) J’ai fait manger les enfants (=> les enfants ont mangé : causativité + sélection de la phase processuelle)

(b) J’ai donné à manger aux enfants (≠> les enfants ont mangé : causativité + sélection de la phase pré-processuelle).

Et il existe sans doute bien d’autres combinaisons possibles.



4. Bilan: classement général des éléments verbaux.


Les périphrases verbales constituent un outil très développé, dans les langues romanes en général, et en français en particulier, pour exprimer la diathèse, la modalité et l’aspect. Au plan morphologique, elles se combinent au système des conjugaisons en adjoignant des (semi-) auxiliaires au verbe. Concernant les périphrases à valeur aspectuelle, il n’est pas possible de trancher clairement la question de savoir si elles relèvent du lexique (de l’aspect lexical) ou de la grammaire (de l’aspect grammatical), car elles s’inscrivent sur un continuum de grammaticalisation. Au plan sémantique et fonctionnel, elles se laissent cependant répartir en classes nettement distinctes, même si l’on observe que certains marqueurs relèvent simultanément de plusieurs classes différentes (les marqueurs hybrides).

Soit, pour récapituler, le tableau correspondant au classement obtenu des fonctionnements d’éléments verbaux. Pour ceux qui entrent dans des périphrases à valeur aspectuelle, nous renvoyons aux paragraphes qui leur sont consacrés supra :

tableau
Tableau 6 : classement des fonctionnements des éléments verbaux

On signalera, pour conclure que si certaines d’entre elles ont fait l’objet d’études approfondies (en particulier celles qui se construisent avec aller et venir, voir Bourdin (2005) et les très nombreux travaux de Bres et Labeau cités en bibliographie. Voir également, sur se mettre à, Verroens (2011) et Willems & Verroens (2019)), le domaine vaste et varié des périphrases à valeur aspectuelle, dont nous avons essayé de dessiner les contours et de préciser les différents modes de fonctionnement, constitue un champ à peine défriché pour des recherches à venir.



5. Annexe: liste des références citées.


Azzopardi S., Bres J., (2011), Temps verbal et énonciation. Le conditionnel et le futur en français : l’un est dialogique, l’autre pas (souvent), Cahiers de praxématique 56, p. 53-76.

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