Les constituants en quand en français

 >Page pers.     C. Benzitoun,
F. Saez
(07-2016)


Pour citer cette notice:
Benzitoun (C.) & Saez (F.), 2016, "Les constructions en quand", in Encyclopédie grammaticale du français,
en ligne: encyclogram.fr


La présente notice est consacrée au fonctionnement de quand et des constituants introduits par quand (désormais C-quand). Nous traiterons les exemples classiques de « subordonnées circonstancielles de temps » :

(1) bon quand elle a quitté ses parents bon elle s’est mariée [oral, cfpp]

mais également des cas moins canoniques :

(2) Quand on gagne, c’est parce qu’on est fort. Et quand on perd, c’est parce que le ballon est rond ? [écrit, cerf]

(3) ce qui m’a fait sourire c’est quand on a parlé de valse [oral, TV]

en passant par les interrogatives :

(4) Quand faut-il que je vous apporte le meuble ? [écrit, Flaubert]

En revanche, nous ne décrirons pas le fonctionnement de quand même. La raison en est qu’il ne s’agit pas du même morphème ; en effet, quand même possède une distribution adverbiale, comme en atteste (5) ci-dessous, et constitue sémantiquement un articulateur argumentatif :

(5) Je me dis : ils sont quand même [/pourtant/malgré tout] bien quelque part, puisqu'ils sont sur les photos. (écrit, Garat)

Nous ne traiterons pas non plus de quand à mis pour quant à, erreur d’orthographe qui semble assez fréquente de nos jours dans les écrits informels : Quand à la ministre de la Culture Fleur Pellerin, explique l’auteur, « son militantisme peu discret [...] agace en interne ». [écrit, Internet]



1. Découpage  du domaine


1.1. Difficultés de classement des formes et de détermination du sens

Généralement, les grammaires de référence [Riegel et alii, 2002] distinguent au moins l’interrogative directe partielle (ex. 4), l’interrogative indirecte (ou enchâssée (ex. 6) :

(6) Lorsque les dernières nouveautés du roman paraissent à la toute fin du printemps, et les premiers livres de l’automne s’empilent dès le 15 août, on peut se demander quand cela s’arrête vraiment. [écrit, corpus Chambers-Rostand]

et la subordonnée circonstancielle de temps (ex. (1)). Mais cette classification mélange plusieurs niveaux d’analyse, ce qui la rend difficile à utiliser. La notion d’interrogation, par exemple  > Notice , est autant syntaxique, sémantique que pragmatique, a fortiori si l’on considère des exemples comme le suivant, pour lesquels l’interprétation interrogative est en concurrence avec une interprétation jussive :

(7) Quand allez-vous mieux nous connaître une bonne fois pour toute ? [sic, écrit, cerf]

a) Interprétation interrogative : Quand est-ce que tu nous connaîtras mieux ?
b) Interprétation jussive : Fais donc un effort pour nous connaître !

Au niveau syntaxique, il y a une proximité évidente entre une partie importante des C-quand et la notion de subordination, étant donné que ces emplois se trouvent au cœur du système traditionnel des subordonnées circonstancielles. Cependant, même pour ces constructions, une analyse systématique par dépendance syntaxique a été remise en cause depuis de nombreuses années. Sandfeld [1936], par exemple, signale déjà que la « proposition temporelle » peut aussi « se détacher » du reste de la phrase et « s’employer isolément » :

(8) La vie est une sale chose, quand j’y pense. [écrit, France ; cité par Sandfeld, 1936 : 286]

(9)       J’étais en train de m’impatienter, quand, tout à coup, qu’est-ce que j’entends ? [écrit, Leroux ; cité par Sandfeld, 1936 : 264]

Il s’agit en réalité d’un phénomène d’ « insubordination » commun à beaucoup d’autres conjonctions, comme le souligne Brunot :

Dans Je le regrette, quoiqu’il était vraiment difficile de caractère, la subordination n’est qu’apparente, le sens est malgré tout, cependant. [1953 : 27]

De tels faits montrent qu’il n’existe pas de lien systématique entre la présence de quand et une relation syntaxique unique. Autrement dit, quand n’est pas à considérer en lui-même comme une marque de dépendance grammaticale, ce que montre clairement l’exemple suivant, dans lequel le C-quand n’est subordonné à rien :

(10) Quand on pense que je n’aurais jamais été peintre si mes jambes avaient été un peu plus longues ! [citation de Toulouse-Lautrec, Musée Toulouse-Lautrec à Albi]

Cette conception plurifonctionnelle des constituants introduits par des conjonctions est assez largement diffusée dans la linguistique contemporaine depuis au moins Haiman & Thompson [1988], même si elle n’est pas partagée par tous les chercheurs du domaine, qui ont par exemple recours à la notion d’ellipse d’un verbe pour rendre compte de (10).

Du côté des interrogatives, la difficulté principale vient de la distinction entre interrogatives enchâssées, complétives et relatives sans tête, la différence reposant essentiellement sur des intuitions sémantiques. La commutation avec un SN marqué [±interrogatif] permet parfois de statuer, mais il est de nombreux exemples pour lesquels il n’est pas évident de savoir si l’on a affaire à une interrogative ou une complétive :

(11) Je me souviens quand, à l’occasion des diverses commémorations du 20 août, j’échangeais quelques idées avec Mohammed V. [écrit, Monde Diplomatique]

Interprétation interrogative : ‘je me souviens à quel moment j’échangeais...’
Interprétation complétive : ‘ je me souviens des fois où j’échangeais...’

Au niveau du statut morphosyntaxique de quand (c’est-à-dire la partie du discours à laquelle il appartient), les grammaires traditionnelles s’accordent pour lui donner l’étiquette de conjonction de subordination (dans les emplois assertifs) et d’adverbe interrogatif (dans les autres cas). Les notions de « conjonction » et de « subordination » posent des problèmes similaires liés à l’association entre dénomination et fonction syntaxique. En effet, la notion de « conjonction », signifiant littéralement ‘lier avec’, correspond traditionnellement à une marque segmentale censée attacher deux membres de phrase ou deux propositions. Or il est possible pour une conjonction de lier deux unités textuelles (on la nomme alors parfois « connecteur »), mais également, dans certains contextes comme celui de l’exemple (12) infra, un élément linguistique à la situation d’énonciation :

(12) Et l’oiseau lyre joue et l'enfant chante et le professeur crie : quand vous aurez fini de faire le pitre ! [écrit, Prévert]

Il peut également n’y avoir aucun lien du tout, comme en (10). Le terme de subordination est également problématique car cette appellation restreint quand au statut de simple marque de dépendance (littéralement ‘ordonnée sous’), ce qu’il n’est pas toujours.

Certains linguistes [Maurel 1992 ; Muller 1996 ; Le Goffic 1993], quant à eux, défendent l’idée que quand appartient à une unique catégorie, les relatifs/interrogatifs. Et ils reprennent à leur compte l’idée selon laquelle quand jouerait deux fois le même rôle, une fois auprès du verbe principal et une fois auprès du verbe subordonné, y compris lorsqu’il se trouve dans une circonstancielle de temps. On pourrait schématiser cette analyse de la manière suivante :

exemple 13

Selon cette conception, le C-quand occuperait une position de circonstant temporel dans la principale et le quand une position de circonstant temporel dans la subordonnée.

On voit donc qu’il existe un débat au sujet de la catégorie de quand doublé d’une difficulté à s’appuyer sur les catégories traditionnelles. Nous reprendrons cette discussion plus loin sur des bases empiriques précises.

Au niveau sémantique, les C-quand sont traditionnellement définis comme temporels. Une première difficulté consiste à spécifier la notion trop générale de « temporel ». Il convient au moins de distinguer deux notions différentes. Un premier type est représenté par une relation de localisation entre un procès ou événement exprimé par la construction régissante et une portion de temps prise comme point de repère exprimée par la dépendante :

(14) justement on parlait avec la dame là euh le matin quand elle venait [oral, corpaix]

Dans un second type, la dépendante désigne simplement un instant ou une portion de durée conçus comme simple référence à un objet-de-discours d’un type particulier (le moment où) :

(15) ce qui m’a fait sourire c’est quand on a parlé de valse [oral, TV]

On pourrait toutefois s’interroger sur la source de cette différence d’interprétation (relationnelle ou référentielle). En effet, selon que le C-quand est en position d’ajout ou d’objet, alors il recevrait l’une ou l’autre des interprétations possibles.

En plus de cette distinction à l’intérieur même des valeurs temporelles, il est clair que les C-quand couvrent un spectre d’interprétation beaucoup plus large. Leur sémantisme est considéré, depuis l’ancien français, comme variable (opposition, cause, conséquence, concession, contraste, etc.), mais toutes ces interprétations semblent dérivables du signifié codique de /concomitance/ attaché à quand. En effet, on observe les mêmes variations sémantiques sur des introducteurs comme du moment que, alors, cependant, en même temps, (tout) en+gérondif, etc. exprimant tous la concomitance. C’est le cas de l’exemple suivant, qui possède un sens plutôt oppositif (proche de alors que ou tandis que) sans pour autant perdre totalement la valeur temporelle :

(16) Pourquoi laisser périr nombre de citoyens américains dans la misère et la maladie quand il serait si facile de les sauver. [écrit, cerf]

Il arrive également que l’on constate un glissement de sens pour les quand interrogatifs (dans quel cas vs à quel moment), comme le montrent les réponses en si ci-dessous :

(17) Quand doit-on remplacer un pneu ? - Si après crevaison, le spécialiste détecte une détérioration non réparable. - S’il n’est pas conforme aux préconisations d’équipement du véhicule. - S’il est à la limite légale d’usure. - S’il présente une usure localisée anormale. - S’il porte des signes de vieillissement. - S’il présente des coupures ou déformations susceptibles de nuire à la sécurité. [écrit, Internet]

Au niveau pragmatique, quelques études se sont penchées sur l’analyse des C-quand [Le Draoulec, 2003 ; Saez, 2014], mais le domaine reste encore largement inexploré. Ces études se sont plus particulièrement intéressées aux C-quand non dépendants d’un point de vue syntaxique, tels que par exemple :

(18) Thénardier pressa la détente. Le coup rata. - Quand je te le disais ! fit Javert. [écrit, Hugo]

(19) Quand vous aurez fini !, dit-il [écrit, Le Bidois & Le Bidois, 1935 : 8]

Hernández [2016] s’est, quant à elle, penchée sur l’usage « pragmaticalisé » de la séquence en depuis quand du type Depuis quand le requin est un mammifère ?!?!?! Pour elle, « l’exemple précédent ne constitue pas une interrogation sur l’instant initial d’un état de choses – en l’occurrence l’appartenance à une classe – mais, au contraire, la contradiction implicite des propos que l’internaute semble reprendre en écho sur le ton de la raillerie. En effet, souvent accompagnée d’une ponctuation expressive, la formulation inscrit le positionnement du  sujet  parlant en réaction à des propos tenus ou à des états de choses de la réalité intersubjective. »

Au niveau de l’analyse interactionnelle, on peut signaler l’existence de l’étude de Teston-Bonnard et alii [2013] portant sur les constructions en Quand on X, Y (ex : quand on est volontaire oui c’est bien). À partir d’une approche croisant les propriétés syntaxiques et interactionnelles, les auteures montrent que ces tournures peuvent assurer des fonctions de généralisation, de clôture ou d’introduction de thème dans l’interaction ainsi qu’une fonction argumentative. Elles font également l’hypothèse qu’il s’agit d’une structure préformée que les locuteurs s’approprient et adaptent. Elle peut même être co-construite par deux locuteurs différents, ce qui montre son aspect routinisé.

1.2. Problèmes terminologiques.

L’un des domaines dans lequel s’insère l’étude de quand (celui des « subordonnées conjonctives » pour utiliser le terme traditionnel) a donné lieu à une profusion terminologique impressionnante, notamment du fait qu’il relève de différents niveaux d’analyse : syntaxe, discours, pragmatique, etc. Cela a pour conséquence une très grande difficulté pour adopter une terminologie univoque, étant donné les nombreuses acceptions que l’on peut trouver dans les publications sur la question : désigne-t-on une segmentation particulière ou bien un type de relation syntaxique ? Par conséquent, la variation touche aussi bien la caractérisation du lien (subordination, subordination à valeur coordonnante, subordination inverse, circonstant intra-/extra-prédicatif, parataxe, hypotaxe) que la classification du morphème présent à l’initiale du constituant (conjonction, subordonnant, connecteur, etc). Ou même l’organisation interne de la C-quand. En outre, les tentatives récentes de proposer une nouvelle terminologie pour délimiter divers types de relation ne se sont pas véritablement diffusées en dehors de leurs promoteurs. On peut, par exemple, citer le travail de Smessaert et alii [2005] distinguant endotaxe, épitaxe et exotaxe (de la relation syntaxique la plus forte à la plus lâche), ou encore la Grammaire rénovée du français de Wilmet [2007] qui opte pour la notion scalaire de « complément de prédication ». Par conséquent, il s’avère difficile d’utiliser des dénominations partagées et non ambiguës.

Chétrit [1976] et Sandfeld [1936], à l’instar de nombreux grammairiens, utilisent le terme de « temporelles » pour désigner les C-quand et les autres constituants introduits par des conjonctions considérées comme ayant une valeur temporelle. Mais compte tenu des valeurs sémantiques que peuvent recouvrir les C-quand, cette appellation risque d’être interprétée de manière réductrice.

En outre, parmi les fonctionnements possibles, il est communément admis qu’il existe une distinction entre des C-quand jouant le rôle d’interrogatives enchâssées (20), de relatives sans antécédent (21) et de complétives (22) :

(20) Pour tout vous avouer, dit Sthène, je m’ennuie un peu loin du château et souvent je me demande quand je reverrai mon écurie natale qui m'est une province et beaucoup davantage. [écrit, Queneau]

(Le C-quand est ici dépendant du verbe interrogatif se demander)

(21) Je me souviens quand il y avait des petits autobus bleus à tarif unique. [écrit, Perec]

(Le C-quand est ici proportionnel à un SP du type de cela, comme le serait une relative substantive : je me souviens de ce que tu disais.)

(22) Elle nous l’avait affirmé un matin, radieuse : « J’aime quand tu éclates de joie, mon Borinka. Quand tu sors de ta solitude. » [écrit, Schreiber]

Ici le C-quand occupe la place d’un SN objet, et est proportionnel à ça/cela.)

Certains chercheurs proposent de regrouper au moins les deux premières structures [Huot 1979] là où d’autres maintiennent la distinction [Pierrard 1988]. Defrancq [2002 : 207] arrive à la conclusion plus radicale qu’il n’est pas possible, d’un point de vue strictement syntaxique, de distinguer ces trois constructions. Pour y parvenir, il faut recourir au niveau sémantique ou pragmatique, comme le montrent l’exemple et l’analyse proposés par Muller [1996 : 199] :

(23) Je me rappelle quand j’ai fait ma première communion.

Selon Muller, on aurait affaire à une interrogative si le C-quand représente une date (on pourrait alors enchaîner par c’était le 29 mai 1955 ou faire commuter avec un mot interrogatif je me rappelle à quelle date…), mais à une relative sans antécédent si le C-quand représente un moment (on pourrait alors enchaîner par je revois l’église illuminée et je me souviens de l’odeur de l’encens et des cierges). Mais l’on se rend bien compte d’emblée de la difficulté à user d’un tel test qui fait essentiellement appel à la subjectivité du linguiste. Pour de tels exemples, le choix d’un traitement par deux structures syntaxiques ou par deux interprétations d’une seule structure reste à trancher.

Une question traditionnellement connexe à la fonction des C-quand est celle de savoir s’il faut classer quand parmi les adverbes (ou pronoms) relatifs, ou dans la catégorie des conjonctions (l’interrogatif ne posant pas de problème particulier). Là encore, la terminologie est problématique, non stabilisée et foisonnante : en plus des termes ci-dessus, on parle de complémenteur, complementizer, mot qu-, proforme, pronoms pleins, pronoms interrogatifs/relatifs, etc. La question du statut morphosyntaxique de quand est épineuse et ne relève pas d’un simple problème terminologique. Pour une discussion à ce sujet, voir la section 3.1 infra.

Afin de présenter les analyses de manière compréhensible, nous utiliserons une terminologie minimaliste qui sera définie lorsque nous en aurons besoin.

1.3. Principaux cadres théoriques.

Jusqu’en 2006, aucune monographie sur quand n’a été produite. Les divers emplois du morphème étaient étudiés de façon parcellaire dans des sous-chapitres d’études plus générales (Sandfeld, Chétrit…). Des emplois particuliers ont fait l’objet d’articles limités. Entre 2006 et 2011, deux thèses de doctorat ont été soutenues sur quand et de nombreux travaux ont été publiés par leurs deux auteurs. Celle de Benzitoun est centrée sur la morphosyntaxe et la macro-syntaxe. Elle s’inscrit dans le cadre de l’Approche Pronominale [Blanche-Benveniste et alii, 1984] et son prolongement par une composante macro-syntaxique [Blanche-Benveniste et alii, 1990]. Les principes de ce cadre, particulièrement utiles pour l’étude des C-quand, sont la notion de dispositif, l’indépendance entre nature et fonction et la distinction entre macro- et micro-syntaxe. La notion de dispositif permet d’aborder de manière différente la question de la réalisation linéaire des C-quand. L’indépendance entre nature et fonction oblige à trouver d’autres arguments que la seule présence de quand pour déterminer la relation syntaxique, ce qui permet de caractériser formellement les différents fonctionnements syntaxiques des C-quand. Enfin, la distinction macro/micro-syntaxe met en évidence deux modes d’organisation de la syntaxe. Une distinction utile pour l’analyse des exemples est également représentée par la dichotomie entre syntaxe interne (structuration interne d’une construction, c’est-à-dire les éléments constitutifs et les relations qui les lient) et syntaxe externe (relation qui lie une construction au cotexte).

Les travaux de Saez s’inscrivent dans divers cadres d’analyse, dont :

- pour l’analyse syntaxique : le cadre de l’Approche Pronominale pratiqué par Smessaert et alii [2005] pour le néerlandais et adapté au français, dans lequel les relations sont justifiées par la présence d’indices révélés par des tests qui prennent en compte à la fois la dimension syntaxique et la dimension sémantique ;

- pour l’analyse pragma-syntaxique : la macro-syntaxe fribourgeoise [Berrendonner & Béguelin, 1989 ; Berrendonner, 2002] qui permet de décrire en détail la relation entre unités pragmatiques et unités grammaticales.

L’association – non évidente – de ces cadres descriptifs permet d’envisager l’intégration syntaxique des constructions verbales selon une visée dynamique : une construction n’est donc (a priori) pas enclose dans une syntaxe dichotomique (hypotaxe vs parataxe) mais peut, par défaut, couvrir le spectre des trois dimensions génériques de la syntaxe empruntées à Smessaert et alii [2005] (exotaxe, épitaxe ou endotaxe). Différents domaines sont donc concernés par ce type de descriptions qui se situent à l’interface entre syntaxe, sémantique et pragmatique.

Dans la présente notice, il est fait de nombreuses références aux travaux de Benzitoun et Saez et une grande partie des exemples et des analyses en sont extraits.

1.4. Liens avec d’autres constructions

Il est intéressant, lorsque l’on étudie quand, de comparer ses usages avec ceux d’unités proches comme lorsque, si [Corminboeuf 2008], que [Deulofeu 1999], parce que [Debaisieux 2002] et comme [Pierrard, 2002], par exemple. Les spectres d’emplois peuvent être considérés avec profit en montrant que les fonctionnements sont parfois identiques ou au contraire partiellement différents. De plus, il est utile de comparer quand et [Hadermann, 1993], notamment parce que a pris le rôle de quand dans les relatives temporelles (en concurrence avec que).



2. Références bibliographiques


2.1. Publications constituant une référence importante pour la question

Benzitoun, C. (2006), Description morphosyntaxique du mot « quand » en français contemporain, Thèse de doctorat de l’université de Aix-Marseille I.

L’auteur propose une classification syntaxique de l’ensemble des C-quand et aborde d’autres sujets plus généraux comme la classe des mots en qu- et les sources de quand en latin et ancien français.

Borillo, A., (1988), « Quelques remarques sur quand connecteur temporel », Langue française 7, 71-91.

L’auteure examine essentiellement la relation sémantique entre le C-quand et la proposition qui le régit. Les emplois observés permettent à Borillo de distinguer entre différents types de relations temporelles et de rendre compte des indices qui permettent la réalisation de tel ou tel type de relation temporelle. 

Chétrit, J., (1976), Syntaxe de la phrase complexe à subordonnée temporelle, étude descriptive, Paris : Klincksieck.

L’auteur s’attache à la description sémantique et syntaxique des « subordonnées temporelles » (pas uniquement des C-quand). L’étude décrit également le fonctionnement des « subordonnées temporelles » dans des emplois plus problématiques, notamment lorsque la relation temporelle se double d’autres valeurs (causale, concessive, oppositive…), ou dans des cas où la « subordonnée temporelle » n’est pas « subordonnée », dont par exemple les quand dits « inverses ».

Saez, F., (2011), La scalarité de l’intégration syntaxique : étude syntaxique, sémantique et pragmatique de la proposition en quand, Thèse de doctorat, Université de Toulouse2.

Il s’agit d’une étude descriptive des C-quand à l’interface entre syntaxe, sémantique et discours. Cette approche pluridimensionnelle de la syntaxe permet une description fine des emplois de C-quand non canoniques, entre autres.

2.2. Autres publications importantes.

Benzitoun, C., (2007a), « Examen de la notion de “subordination”. Le cas des quand “insubordonnés” », Faits de langue 28, 35-46

Il s’agit d’une étude axée sur la mise en évidence de l’existence de C-quand non dépendants et sur la possibilité de distinguer différents fonctionnements à l’intérieur des C-quand non dépendants.

Benzitoun, C., (2008), « Qui est quand ? Essai d’analyse catégorielle », Langue Française 158, 129-143.

L’auteur évoque les sources de quand et expose quelques-unes des études antérieures portant sur le statut catégoriel de cette unité. Il aborde également la question des critères et des exemples à la base des analyses.

Benzitoun, C., (2013a), « Étude syntaxique de quand et avant que : entre rection, association et autonomie », Langages 190, 51-65.

Cette étude contient une analyse syntaxique des C-quand et des C-avant que et une comparaison de leurs emplois.

Benzitoun, C., (2013b), Chapitre 6. Description des séquences introduites par quand en français parlé, Analyses linguistiques sur corpus : Subordination et insubordination en français, in Debaisieux J.M. (dir.), Traité IC2, série Cognition et traitement de l'information, Hermès-Lavoisier, 249-292.

Dans cette étude, C. Benzitoun propose un classement des emplois de quand basé exclusivement sur des exemples extraits d’un corpus de français parlé, ce qui lui permet également de quantifier chaque emploi.

Jeanjean, C., (1982), « Qu’est-ce que c’est que "ça" ? Etude syntaxique de "ça" sujet en français parlé : la construction "quand-P + ça" », Recherches sur le français parlé 4, 117-151.

Jeanjean, C., (1985), « « Toi quand tu souris » : analyse sémantique et syntaxique d’une structure du français peu étudiée », Recherches Sur le Français Parlé 6, 131-159.

Dans le cadre de l’Approche Pronominale du GARS, l’auteure décrit des emplois de C-quand valenciels, soit en position de sujet (1982), soit en position d’objet direct.

Le Draoulec, A., (2003), « Quand, jusqu'à ce que et avant que : quelques cas particuliers de subordination temporelle hors présupposition », in E. Comès, E. Hrubaru (eds), Dix ans de Séminaire de Didactique Universitaire - Recueil anniversaire, Université Ovidius Constanta : Editura Universitaria Craiova, 175-196.

L’auteure décrit – d’un point de vue syntaxique et sémantico-discursif – le fonctionnement de quelques constructions en quand, jusqu’à ce que et avant que dont les emplois échappent à la vision traditionnelle d’un circonstant nécessairement présuppositionnel. Le lien entre analyse syntaxique et sémantico-discursive est ici très fortement marqué.

Sandfeld, K., (1936), Syntaxe du français contemporain, Tome II : Les propositions subordonnées, Copenhague-Paris : Librairie E. Droz.

Dans cet ouvrage volumineux, l’auteur aborde la question des propositions subordonnées du français en réservant bien évidemment une place à celles introduites par quand. Il s’agit d’un travail qui s’appuie sur un corpus substantiel de français écrit, dépouillé à la main.

Saez, F., (2008), « Quand-P valencielles et les structures corrélatives. », Premier Congrès Mondial de Linguistique Française, 9-12 Juillet 2008.

L’auteure porte un nouveau regard sur certains types de C-quand pour lesquels une interprétation corrélative semble pertinente. L’étude est menée aux niveaux syntaxique, sémantique et pragmatique.   

Saez, F., (2009), « De la corrélation temporelle à la connexion discursive : les cas de cependant et alors », Langages 174, 67-82.

Il s’agit de l’étude de C-quand intégrés dans une structure corrélative à corrélateurs différenciés du type : quand…cependant ou quand…alors. L’examen porte à la fois sur la syntaxe de ces énoncés, mais également sur les valeurs sémantiques des corrélateurs dans divers contextes.

Saez, F., (2012), « Quand-p et contraste de modalité : syntaxe, pragmasyntaxe et sémantique. » 3ème Congrès Mondial de Linguistique Française, 4-7 Juillet 2012.

L’objet de cet étude est l’analyse du fonctionnement des C-quand qui apparaissent en contraste de polarité (positive/négative) avec une proposition antécédente, contraste auquel s’ajoute un effet de surenchère.

Saez, F., (2014), « Découplage de constructions en quand », Verbum XXXVI/1, 207-233.

L’auteure examine un phénomène de réanalyse surgissant à l’interface entre syntaxe et discours par l’examen de certaines occurrences atypiques de C-quand constituant des énonciations autonomes.



3. Analyses descriptives


La synthèse proposée dans cette partie couvre un spectre important des différents fonctionnements des C-quand répertoriés dans les études antérieures. Toutefois, ces études utilisent des cadres et terminologies hétérogènes, ce qui oblige à opérer des choix drastiques (et forcément réducteurs) dans la manière de classer les données (sans quoi, cela deviendrait inintelligible). Nous avons décidé de présenter les C-quand selon trois principaux niveaux d’analyse : morphosyntaxique (pour le statut catégoriel), syntaxique et pragmatique. Dans la partie syntaxique, nous distinguons deux types de dépendance : la dépendance à une partie du discours (entendue au sens d’Aristote, i.e. une catégorie grammaticale particulière (un nom, un verbe, etc.)) et la dépendance à une construction. La dépendance à une partie du discours appartient au domaine de la micro-syntaxe et la dépendance à une construction à celui de la macro-syntaxe. La partie sur la pragmatique rend compte des cas où les C-quand, syntaxiquement et sémantiquement autonomes, s’ancrent dans la situation d’énonciation, par ce que l’on appellera une dépendance énonciative. Les niveaux de description sémantique et pragmatique seront convoqués directement au cours de la rédaction. Voici schématiquement récapitulées ces options classificatoires :

plan de la section 3

Ce découpage syntaxique basé sur différents types de dépendance est inspiré d’études récentes s’inscrivant dans un cadre macro-syntaxique (notamment Debaisieux, dir. 2013). Toutefois, nous l’avons quelque peu simplifié afin de rendre la lecture de cette notice accessible au plus grand nombre, avec aussi peu de prérequis que possible.

3.1. Morphosyntaxe : statut catégoriel de quand

Le statut catégoriel de quand se limite généralement à la question de savoir s’il s’agit d’une proforme ou d’une conjonction. « Proforme » est le terme générique construit sur le modèle de « pronom » mais pouvant renvoyer à n’importe quelle catégorie grammaticale. Il s’agit d’un morphème appartenant à un paradigme syntaxique et ayant pour signifié une variable prenant ses valeurs sur ce paradigme :

Dans les contextes d’interrogatives directes, la catégorisation de quand ne pose pas de problème particulier : il s’agit à l’évidence d’une proforme, étant donné qu’elle occupe une position argumentale (en l’occurrence une position d’ajout dans l’exemple ci-dessous) :

(24) Quand la loi entre-t-elle en vigueur ?

Mais dans les contextes assertifs, il en va tout autrement. Certains auteurs sont pour une conception unitaire et font de quand systématiquement une proforme, alors que d’autres considèrent qu’il s’agit d’une proforme dans les emplois interrogatifs et d’une conjonction (ou particule) dans les autres contextes. « Conjonction » est à entendre ici au sens de borne gauche d’un constituant, introduisant une construction dans laquelle elle n’occupe aucune position syntaxique. (Cette notion est donc très proche de celle de préposition moyennant une différence de nature du constituant introduit).

On voit donc que le problème de la catégorisation de quand reste épineux, car il existe à la fois des arguments permettant de défendre la conception unitaire et des arguments allant dans le sens de l’hypothèse que quand appartient à deux catégories distinctes. Par exemple, on peut citer, d’une part, la commutation possible entre lorsque et quand, et la reprise par et que, qui iraient plutôt dans le sens de la conjonction :

(25) Tu remettras la clef au concierge quand tu seras prête. [Maupassant] / Tu remettras la clef au concierge lorsque tu seras prête. / Tu remettras la clef au concierge quand tu seras prête et que tu auras fermé la porte.

Et, d’autre part, l’impossibilité de mettre un constituant renvoyant à une datation précise, et la possibilité de coordination avec , ce qui irait dans le sens d’une proforme relative :

(26) ? Tu remettras la clef au concierge quand tu seras prête à trois heures. [Note 1]

(27) Il dort où et quand il peut, souvent à même le ciment d’une sacristie, mangeant ce qu’il trouve quand il trouve quelque chose. [écrit, Internet]

La question du statut catégoriel de quand reste donc ouverte. Par conséquent, nous userons dans cette notice de manière assez neutre du terme d’introducteur, sans préjuger du statut catégoriel de quand dans chacun de ses emplois. La question ne se pose pas pour les emplois dits in situ où le caractère de proforme est indiscutable.

3.2. Syntaxe : dépendance à une catégorie grammaticale

Les C-quand, quand ils dépendent d’une catégorie grammaticale, peuvent être liés à un verbe, un nom, un adjectif ou un adverbe. Dans le premier cas, on reconnaît au moins deux types de dépendance. Nous désignerons ces C-quand par objet (ou sujet) quand ils sont sélectionnés lexicalement par le verbe, et nous les appellerons ajouts lorsqu’ils ne sont pas lexicalement sélectionnés.

3.2.1. C-quand dans la dépendance d’un verbe

(i) Indices à la base de l’analyse.

Dans la littérature linguistique, il existe de nombreuses manières de déterminer si un constituant dépend d’un verbe, et le consensus sur les critères n’est malheureusement pas acquis. Ce qui suit représente donc un choix orienté, étant donné que faire le tour de toutes les définitions de la dépendance syntaxique irait bien au-delà des objectifs de la présente notice. Cependant, en ce qui concerne les principales études sur quand, les analyses correspondent globalement à ce qui est présenté ci-dessous, à quelques nuances près que nous évoquons au fil du texte.

- Les C-quand ajouts se reconnaissent notamment par leur proportionnalité avec la proforme interrogative quand :

(28) Quand tout est fini, le sénateur Flosse aide Mme Chirac à ôter son collier. [écrit, cerf] / Quand le sénateur Flosse aide-t-il Mme Chirac à ôter son collier ? – Quand tout est fini.

Ces C-quand sont mobiles à l’intérieur de l’énoncé et peuvent se trouver à différentes places dans l’ordre linéaire. La question de la place dans l’ordre linéaire est détaillée un peu plus loin.

- En ce qui concerne les C-quand objets, la proportionnalité ne se fait pas avec l’interrogatif quand mais avec quoi :

(29) Il déteste quand papa et moi on a des secrets, ou quand on se regarde en rigolant sans qu’elle sache pourquoi. [écrit, cerf] / Il déteste quoi ? Qu’est-ce qu’il déteste ?

De plus, la postposition est très fortement favorisée. À noter toutefois que dans des exemples comme (29), il est possible de compléter l’analyse grâce à la notion de valence par captation. Selon Lemaréchal [1989 : 229], on observe ce phénomène de « captation » lorsqu’après un verbe transitif, un constituant normalement considéré comme circonstant est réinterprété comme actant « pour peu que le sens s’y prête ». Cela signifie qu’il faut que le sémantisme du verbe le permette, et en l’occurrence il semble possible de ‘détester un moment’, quand il le serait moins de ‘?manger un moment’. On peut toutefois ramener la captation à une variante de la notion de sélection lexicale.

(ii) Illustration des différents fonctionnements.

- Les C-quand objets.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, les C-quand peuvent occuper une position d’objet se rattachant à un verbe conjugué ou à l’infinitif :

(30) Je me demande quand on arrêtera de nous rabattre les oreilles avec cette histoire de fin du monde. [écrit, Internet]

Cette position objet peut également se réaliser avec une préposition après un verbe de parole (discours rapportés ou narrativisés) ou un verbe ayant une valeur testimoniale ou médiative (se souvenir, se rappeler…) :

(31) Elle m’a parlé de quand vous étiez petit [écrit, Aymé ; cité par Le Petit Robert]

(32) moi je me souviens de quand je les ai vus rentrer j’étais à la place Carnot [oral, corpaix]

ou bien encore un verbe à valeur temporelle (remonter, dater…) :

(33) Le numéro date de quand ils l’on présenté pour la 1ère fois à Francfort je crois [écrit, Internet]

(34) Je peux d’ores et déjà dire que mon plus lointain souvenir remonte à quand je vivais à Nîmes [écrit, Internet]

Comme toute catégorie, l’intégration des C-quand suppose donc une compatibilité sémantique avec le verbe. En syntaxe interne, ces C-quand peuvent être des relatives/interrogatives ou bien des complétives.

- Les C-quand sujets en construction pseudo-clivée ou double marquage.

Il n’est pas possible en français d’avoir des C-quand en position de sujet directement. Pour autant, cette position est accessible aux C-quand à la condition qu’ils entrent dans une pseudo-clivée (ex. 35) ou bien dans un double-marquage avec ça (ex.36).

(35) ce qui m’énerve c’est quand tu décourages les nouveaux à peine arrivés. [écrit, Internet]

(36) Ça m’énerve quand je vois cette façon de traiter certaines entreprises ! [écrit, Internet]

Cette analyse prend appui sur l’exemple suivant, que l’on considère comme un réarrangement de la construction canonique l’instrumentalisation de l’écologie à visée politique m’énerve (analyse basée sur la notion de dispositif syntaxique [Blanche-Benveniste et alii, 1990]) :

(37) Ce qui m’énerve, c’est l’instrumentalisation de l’écologie à visée politique.[écrit, Internet]

Toutefois, cette conception du pseudo-clivage ne va pas sans poser problème. En effet, supposer le réarrangement segmental d’une construction canonique n’est pas une hypothèse généralisable à toutes les pseudo-clivées, et cela ne rend pas compte de leur structure informationnelle. Dans (37), l’instrumentalisation de l’écologie à visée politique est mis en saillance et introduit par la mention ce qui m’énerve.

- Les C-quand ajouts.

On observe un consensus chez les linguistes et grammairiens quant à ces C-quand proportionnels à la proforme interrogative quand ? et ayant une valeur temporelle. On y voit des cas prototypiques de « subordonnées circonstancielles de temps » :

(38) Quand Priscilla est rentrée, elle avait encore sa robe [Maurel, 1992 : 74]

(39) La cuisson est terminée quand le jus forme de petites perles [écrit, cerf]

La valeur sémantique temporelle de quand dans ces constructions n’est pas figée et elle est précisée par l’emploi des temps verbaux [Borillo, 1988]. Quand peut se paraphraser par <à un moment x> : Priscilla est rentrée à un moment x, le jus forme de petites perles à un moment x.

Cependant, contrairement à l’idée répandue selon laquelle quand renverrait uniquement à la temporalité, cette unité possède en fait un spectre de valeurs sémantiques extrêmement riche (mais dans certains cas, le C-quand ne commute alors plus avec la proforme interrogative quand ?) : temporalité (bien entendu) mais aussi causalité, hypothèse, adversatif, etc.

(40) C-quand causal, proportionnel à pour cette raison :

Quand j’ai fait ça, je ferai bien le reste [écrit, Pédalan ; cité par TLFi]

(41) C-quand conditionnel, proportionnel à dans/à ces conditions :

Tant que la haine enflamme son sein, il peut se trouver satisfait de sa condition : mais quand son ressentiment commence à se refroidir, quand le temps a mûri ses chagrins et guéri les blessures qu’il avait emportées dans sa solitude, croyez-vous que cette satisfaction demeure sa compagne ? [écrit, Lewis]

(42) C-quand hypothétique :

Mais quand même l’origine qu’il lui suppose serait incontestable, nous n’en serions pas plus avancés [écrit, Destutt de Tr. ; cité par TLFi]

(43) C-quand adversatif, proportionnel à malgré tout :

Tu es gentil d’être venu me voir, quand tu aurais pu aller t’amuser ailleurs [écrit, Zola ; cité par TLFi]

La difficulté est alors de savoir si tous ces exemples contiennent bien des ajouts en lien avec un verbe ou bien si l’on a affaire à des dépendances d’une autre nature. Les divergences d’analyse portent principalement sur cette question. Nous reviendrons sur ce problème dans la partie sur la dépendance à un constituant.

Par ailleurs, s’il existe de nombreux travaux sur l’analyse syntaxique de ces constituants, il n’en va pas ainsi d’un point de vue sémantique et pragmatique. Il s’agit pourtant d’une question importante. En effet, selon que le C-quand est antéposé ou postposé, la structure informationnelle s’en trouve modifiée, ce qui interdit de considérer l’antéposition du C-quand comme une variante de la postposition de ce même C-quand. Nous renvoyons aux travaux de Le Draoulec [1997 ; 1999] qui décrivent avec précision la structure informationnelle de ces constituants, ainsi qu’à ceux de Maurel [1992] ou encore Jacobs [2001] qui apportent un éclairage pertinent [voir Saez 2011]. Nous spécifierons simplement que lorsque le C-quand est antéposé, il échappe à la portée de la négation du verbe, et par conséquent il acquiert une relative autonomie énonciative et constitue, du point de vue des rôles énonciatifs, une sorte de topicalisation qui permet et qui légitime l’assertion de la seconde partie de l’énoncé. À l’inverse, lorsque le C-quand est postposé, il spécifie la temporalité de la première partie de l’énoncé, et n’a donc aucune autonomie énonciative. Antéposition ou postposition révèlent donc deux systèmes informationnels distincts. Il s’agirait de deux interprétations informationnelles distinctes d’une même relation syntaxique d’ajout. Dans le cadre de Blanche-Benveniste et alii [1990], cette différence est traitée au niveau de la macro-syntaxe.

Il existe également des configurations moins connues que Benzitoun [2006] a choisi de classer parmi les dispositifs pseudo-clivés (sur le modèle de l’analyse proposée pour l’exemple (37) ci-dessus) :

(44) Là où je trouve que tu t’égares Quaybir c’est quand tu vois une évolution de la langue dans le sabir des lofteurs. [écrit, cerf]

Il considère que l’exemple ci-dessus résulte d’une réorganisation de l’énoncé direct suivant :

(45) Je trouve que tu t’égares Quaybir quand tu vois une évolution de la langue dans le sabir des lofteurs.

Il s’agirait donc d’une façon particulière de réaliser un C-quand en fonction d’ajout avec un marquage de la position syntaxique à l’aide de là où et un remplissage lexical de cette position après c’est.

3.2.2. C-quand dans la dépendance d’un nom.

(i) Indices à la base de l’analyse.

Pour ces constituants, la question des critères est épineuse car les tests vus jusqu’à présent ne sont opératoires que pour les dépendances à un verbe. Cependant, il est possible de montrer à partir d’exemples précis qu’une telle dépendance existe. Partant de la confrontation des exemples, nous verrons qu’il est toutefois possible de mettre en saillance un faisceau d’indices permettant de reconnaître ce type de dépendance à un nom, le fonctionnement du C-quand pouvant dès lors être rapproché de celui d’une relative. Nous verrons que pour les exemples fréquents du type au mois d’août quand on est partis en vacances l’analyse reste ouverte.

(ii) Illustration des différents fonctionnements et analyses possibles.

La possibilité qu’ont les C-quand d’entrer dans la dépendance d’un nom est évidente avec certains exemples :

(46) j’avais vu la photo de papa quand il était euh enfant [oral, corpaix]

Dans (46), il est clair, au moins sémantiquement, que quand il était enfant ne se rapporte pas au verbe voir mais modifie le nom papa. Il s’agit bien de papa enfant et non du moment où le locuteur a vu la photo. Mais pour d’autres exemples, le problème est plus complexe. La difficulté réside d’une part dans le fait de savoir si le C-quand est syntaxiquement dépendant du nom ou du verbe, et d’autre part s’il projette une nouvelle position syntaxique ou s’il appartient au même paradigme que le précédent constituant. Par exemple, dans l’énoncé suivant, où le C-quand possède une valeur d’inclusion temporelle, on a l’impression à la fois qu’il restreint l’empan temporel du syntagme nominal auquel il semble lié, mais aussi qu’il se rattache au verbe :

(47) L’actuelle vague de violence s’est ouverte fin novembre quand, en l’espace d’une seule journée, plus de 40 personnes ont été tuées à Ambroise [écrit, Le Monde, 12/99]

Cette problématique s’insère dans celle bien connue de structures à inclusion temporelle successive comme dans l’exemple inventé suivant :

(48) J’ai pris mon train la semaine dernière mardi le matin à six heures.

Les analyses possibles sont les suivantes :

- rattachement au verbe : dans ce cas, chaque constituant pose une nouvelle position syntaxique d’ajout temporel (une succession syntagmatique), ou bien tous les constituants se situent dans un même paradigme.

- rattachement au nom qui précède : chaque élément se rattache au nom à valeur temporelle qui le précède directement, comme matin dans mardi matin.

Ces deux analyses ne sont pas évidentes à départager. À noter toutefois, pour (46) et(47), que le clivage d’un unique constituant paraît peu naturel, ce qui est un argument allant plutôt dans le sens d’une dépendance au nom et non au verbe.

Lorsque le C-quand prend une valeur d’explicitation (quand peut alors être précédé de c’est-à-dire), l’analyse penche plutôt du côté de la liste paradigmatique :

(49) Les heures de la contestation, [c’est-à-dire] quand Beaubourg était moqué pour ses allures d’usine à gaz, semblent bien lointaines [écrit, Le Monde, 12/99]

Cela signifie que [les heures de la contestation] et [quand Beaubourg était moqué pour ses allures d’usine à gaz] se trouvent dans la même position syntaxique de sujet. (Ce serait là, par ailleurs, une autre possibilité que le double marquage et les pseudo-clivées vus plus haut pour faire entrer les C-quand en position de sujet). Mais pour ce dernier exemple, une analyse alternative a été proposée par Saez [2011], qui considère l’ensemble comme un énoncé composé de deux constructions (ou énonciations de clause dans la terminologie de l’auteure) distinctes. Une première construction (les heures de la contestation semblent bien lointaines) constitue du point de vue des rôles énonciatifs une préparation à une deuxième construction (quand Beaubourg était moqué pour ses allures d’usine à gaz). Dans le cadre de La Grammaire de la période [2012], cette configuration s’inscrirait dans une routine communicationnelle de type {préparation > but}. La difficulté est alors de définir – et décrire – le lien qui unit les deux constructions. C’est ce que nous allons faire dans les parties suivantes.

3.3. Syntaxe : dépendance à une construction

Ci-dessous, nous présentons des tournures qui ont fait l’objet de propositions d’analyses dans des travaux antérieurs. Nous sommes conscients que la question de la nature de l’unité de rattachement plus large que le verbe (constituant, construction, énoncé, etc.) et du rattachement lui-même pose problème. Mais cette question fait l’objet de points de vue très différents et excéderait les limites de la présente notice si l’on prétendait la traiter en profondeur. Pour ces raisons, nous avons décidé de choisir une analyse (rattachement à une construction) et de nous y tenir.

(i) Indices à la base de l’analyse

À ce niveau, les C-quand ne sont pas équivalents aux interrogatifs quand ou quoi. Ils ne sont donc ni sélectionnés (sujets ou objets), ni ajouts (circonstants). Les études sur corpus ont permis de mettre en évidence le fait qu’il existe des contraintes distributionnelles qui sont d’ordre sémantique et syntaxique et qui, malgré une plus grande autonomie syntaxique, justifieraient une dépendance à un constituant et non plus à une partie du discours. Ainsi, Saez [2011] argumente pour une telle relation syntaxique, qu’elle considère en outre comme graduelle : plus le C-quand se détache syntaxiquement de sa base, plus il porte de contraintes lexicales et sémantiques (voir les exemples ci-dessous et [Saez 2011] pour le détail des contraintes pesant sur chacun de ces C-quand). Cependant, cette relation n’est pas toujours facile à circonscrire.

(ii) Illustration des différents fonctionnements et analyses

C-quand a valeur adversative

Les C-quand à valeur adversative, par exemple, répondent négativement aux tests de rection verbale :

(50) Malgré tout, à la fin du VIIe Plan (1986-1990), la Chine ne pourra former que 500 000 enseignants du secondaire, quand il en faudrait 900 000. [écrit, Monde Diplomatique]

En effet, l’équivalence avec la proforme quand? n’est pas acceptable, le clivage semble difficile et les modalités du verbe former ne peuvent pas porter sur le C-quand. Mais en fonction de la définition et des critères que l’on retient pour déterminer la dépendance syntaxique, il reste possible de considérer que ces C-quand sont liés sinon au verbe du moins à l’ensemble de la construction verbale qui précède. C’est ce que tendrait à montrer le critère de l’enchâssement :

(51) Je me demande si la Chine ne pourra former que 500 000 enseignants du secondaire quand il en faudrait 900 000.

Cependant, Deulofeu [2014] questionne cet usage du test d’enchâssement en proposant de différencier insertion et intégration en syntaxe. Pour cet auteur, une unité peut être simplement insérée dans un énoncé sans pour autant entretenir de relation syntaxique, y compris lorsqu’elle est enchâssée comme ci-dessus. Cette question reste donc encore ouverte à l’heure actuelle.

• Les C-quand accompagnés d’une construction à sémantisme temporel

(52) Il était dix heures passées quand il sonna chez son ami [écrit, Maupassant]

(53) Le soir tombait quand mon père rentra enfin [Béguelin, 2004 : 309]

Ces C-quand peuvent difficilement être considérés comme dépendants d’un verbe en raison de l’impossibilité de les extraire dans une clivée et de leur non proportionnalité avec un quand ?:

(54) ? C’est quand il sonna chez son ami qu’il était dix heures passées

(55) ? Quand est-ce qu’il était dix heures passées ? – Quand il sonna chez son ami.

On remarque également un certain nombre de contraintes qui pèsent sur l’énonciation de la première construction. En effet, si l’on modifie son sémantisme temporel le C-quand redevient un ajout (circonstant). La contrainte est donc d’ordre sémantique : l’énonciation de la première construction doit être informationnellement peu saillante, et c’est cela, selon Béguelin [2004] qui permet le dégroupage syntaxique du C-quand. Il est notable aussi que ce C-quand peut s’antéposer :

(56) Quand le docteur arrive enfin, la nuit tombe. [écrit, Gide ; cité par TLFi]

• Les C-quand citationnels

(57) Quand vous dites guérison, vous parlez de l’esprit ou du corps ? [écrit, cerf]

Ces C-quand sont dépendants de la construction qui les suit car il n’est évidemment pas possible de les extraire dans une clivée, et leur proportionnalité avec quand ? est impossible. Ces C-quand présentent un commentaire métalinguistique sur ce que le locuteur vient d’asserter, par conséquent, ils fonctionneraient comme des « introducteurs de topique en reprise » [Benzitoun, 2006 : 256], sur un mode de « réactualisation thématique simple » [Saez, 2011 : 201].  

3.4. Syntaxe : pseudo-clivées en quand X c’est Y

Selon Benzitoun [2006], les C-quand peuvent jouer le rôle de premier membre d’une construction pseudo-clivée :

(58) Quand Jules Guesde l’emploie, c’est pour mieux souligner la force du processus évolutionniste et l’instabilité des situations acquises. [écrit, cerf]

Il considère que quand marque une position syntaxique qui est saturée par le constituant se trouvant après c’est. Après c’est, on trouve généralement un constituant à valeur temporelle ou causale (introduit par pour ou parce que). L’analyse repose en partie sur le lien que l’on peut établir avec la construction directe ci-dessous :

(59) Jules Guesde l’emploie pour mieux souligner la force du processus évolutionniste et l’instabilité des situations acquises.

Ces cas doivent être distingués du suivant qui est formellement ressemblant mais pour lequel on ne peut pas considérer que le constituant se situant après c’est vient saturer la place marquée par quand :

(60) Quand ça va bien pour elles, c’est que nos prix sont bas. [écrit, Monde Diplomatique] Cf. ? Ça va bien pour elles que nos prix sont bas.

3.5. Pragma-syntaxe : dépendance énonciative

(i) Indices à la base de l’analyse

À ce niveau, les C-quand apparaissent de façon autonome d’un point de vue illocutoire. Cela signifie donc qu’ils peuvent avoir leur propre modalité de construction, indépendamment du cotexte. Par conséquent, ils peuvent être considérés comme des énonciations autonomes car non syntaxiquement dépendantes d’un autre élément. Ces C-quand échappent donc aux descriptions traditionnelles, et seule une description pragma-syntaxique permet de rendre compte de leur fonctionnement discursif. Nous allons distinguer deux cas de figure : les C-quand qui ne sont pas autonomes d’un point de vue communicatif et ceux qui le sont (voir Debaisieux dir., 2013 pour une présentation des différents types d’autonomie).

(ii) Illustration des différents fonctionnements et analyses

• Les C-quand dits « inverses » ou « à valeur coordonnante »

(61) J’étais en train de m’impatienter, quand, tout à coup, qu’est-ce que j’entends ? [écrit, Leroux ; cité par Sandfeld, 1936 : 264]

(62) Tout se passait bien. Quand crac. CRAAAAAC ! Mon panier se troua [écrit, Sabio, 2003 : 87]

La dénomination de quand inverse vient d’une confusion des niveaux d’analyse : certains auteurs ont souhaité souligner par ce terme une inversion de la structure informationnelle (ou psychologique comme Antoine [1948]) attendue lorsque l’on observe la présence d’une conjonction de subordination, ou bien le fait que la « principale » joue le rôle de repère temporel comme dans les exemples (52-53) ci-dessus. Toutefois, les travaux de Le Draoulec ont montré que cette inversion de la structure informationnelle n’était pas propre à ces énoncés. Et il est clair également que l’inversion n’est nullement syntaxique, le C-quand n’étant bien évidemment pas la tête de l’énoncé. Par ailleurs, ces énoncés comportent généralement un effet de surprise.

L’absence d’équivalence avec quand interrogatif et l’impossibilité de les extraire à l’aide de c’est…que tendent à montrer que ces constituants ne dépendent pas d’un verbe. De plus, dans (61) il semble que quand  n’introduise pas seulement la question qui suit, mais plutôt un couple formé d’une question préparatoire suivie d’une assertion. Ce type de portée discursive est caractéristique du fonctionnement des connecteurs (mais, car, parce que, etc.). Il montre que quand est bien ici un connecteur. Mais il reste à déterminer par quel lien les C-quand de ce type sont rattachés au cotexte, ce qui suscite de nombreux débats. S’il y a un relatif consensus pour considérer que ces unités disposent d’une autonomie syntaxique plus grande que les objets et les ajouts, il n’en reste pas moins que la question suivante n’est pas tranchée : ces C-quand sont-ils concaténés à ce qui les précède, ou bien forment-ils un énoncé distinct ? Dans ce qui suit, nous présentons la seconde hypothèse.

Leur ordre séquentiel est normalement fixe (postposition obligatoire). Leur syntaxe interne est relativement libre car ils présentent des propriétés de « propositions principales » : ils peuvent être onomatopéiques (proches dans ce cas de clauses mimo-gestuelles), avoir une modalité indépendante (par exemple, l’interrogation dans (61)) et l’enchâssement paraît difficile :

(63) *Je me demande s’il était en train de s’impatienter, quand, tout à coup, qu’est-ce que j’entends ?

Les contraintes traditionnellement reconnues pour ce type de structure sont les suivantes :

- une contrainte aspectuo-temporelle : l’alternance inaccompli-duratif (imparfait) / accompli-ponctuel (passé simple). Lorsque le C-quand est averbal ou onomatopéique, alors c’est l’insertion de soudain ou tout à coup qui induit l’aspect ponctuel ;

- une contrainte sur la polarité : le C-quand ne saurait être négatif faute d’entraîner l’inacceptabilité de l’énoncé.

Toutefois, on trouve de nombreux contre-exemples à ces contraintes. Soient les exemples suivants qui portent sur la contrainte de polarité :

(64) Le blog a été indisponible pendant environ 24 heures à cause d’un magnifique fail de WordPress. […] je n’ai reçu aucun mail d’avertissement, aucun message sur l’interface d’admin du blog, que dalle. Le site était accessible, quand soudain il ne l’était plus, point. WordPress s’excuse néanmoins du désagrément causé dans le mail m’avertissant de la réactivation du blog. [écrit, Internet]

(65) Puis un jour mon téléphone était bien chargé je voulais l’utiliser quand tout à coup il ne voulait plus s’allumer [écrit, Internet]

ou encore celui-ci qui porte sur la contrainte aspectuo-temporelle :

(66) N’ayant aucune confiance en ma ligne de bus, je pars plus tôt à l’arrêt et je commence à patienter… à patienter… à patienter… Et ça ne loupe pas, le voilà en retard d’une minute…de deux minutes…de cinq minutes…de dix minutes. […] Vingt minutes plus tard, le voilà ! […] Je monte et me dis que tout n’est pas perdu, quand soudain, il ne part pas.Arrrg ! « Monsieur le conducteur, pourquoi est-ce que vous patientez ? » ; « Je suis en avance. » [écrit, Internet]

Concernant la contrainte sur la polarité on peut apporter cette nuance : lorsque l’énoncé est positif, il est délicat (voire abscons) de le rendre négatif et inversement.

(67) Elstir cependant allait arriver à la porte, quand tout à coup il fit un crochet [écrit, Proust] / * quand tout à coup il ne fit pas un crochet.

(68) Je prenais quand même part à la conversation et riais parfois aux bêtises que pouvait dire mon ami quand tout à coup, il ne dit plus rien. [écrit, Internet]

Il semblerait d’ailleurs que ce soit ce qui fonde l’humour de l’énoncé suivant :

(69) J’étais en train de ne rien faire, quand soudain, il ne s’est rien passé. [écrit, Internet]

Si ce type de constituant accepte l’une et l’autre des polarités, elle n’est donc pas modifiable.

Au niveau du sémantisme, on observe dans ces structures que la première partie de l’énoncé fournit un point d’ancrage temporel au C-quand. Celui-ci et celle-là doivent donc nécessairement être concomitants, et le C-quand se présente comme venant s’inscrire ou interrompre un procès en cours de réalisation contenu dans la première partie (d’où l’effet de surprise), la relation temporelle est donc bijective.

Toutefois, il convient de préciser, après les travaux de Le Draoulec [2005], que soudain est un connecteur anti-orienté, dans le sens où il s’ancre dans – et par là présuppose – l’existence « d’un état préalable implicite » [ibid. : 29] qu’il vient contrarier ou interrompre. Cette inférence est incluse dans la mémoire discursive après énonciation de la première construction. Dans les constructions en quand + adv., une telle lecture est possible :

(70) Tête baissée, l’œil en éveil goulûment Lydie mangeait, mangeait les vers, les fines herbes quand soudain elle se retrouva bec à bec avec son amie perdue de vue [écrit, cerf]

Dans(70), il y a une inférence postérieure à l’énonciation du C-quand, à savoir qu’elle était seule. On remarque toutefois qu’en l’absence de soudain (ou d’un équivalent) on retrouve dans certains énoncés le même fonctionnement, et c’est l’introducteur quand qui devient alors, du fait de son fonctionnement anaphorique et des contraintes aspectuo-temporelles, un connecteur anti-orienté :

(71) Ils avancent toujours vers le sud. Quand ils se retrouvent face à un mur [copie d’élève, Béguelin 2004 : 6]

(72) Les passagers du vol IC 814 reliant Katmandou à New Delhi s’apprêtaient à déjeuner, vendredi 24 décembre, quand un homme leur a ordonné de ne pas toucher à leur nourriture, de tirer les rideaux des hublots, de baisser la tête et de ne plus bouger [écrit, Le Monde, 12/99]

Dans ces deux dernières occurrences, il est délicat d’extraire le C-quand dans une construction clivée, il n’est pas non plus proportionnel à quand?. De plus, il n’est pas possible d’en modifier la polarité :

(73) ? Les passagers du vol IC 814 reliant Katmandou à New Delhi s’apprêtaient à déjeuner, […] quand un homme ne leur a pas ordonné […]

Par conséquent, il convient d’analyser ces C-quand également comme des constructions syntaxiquement indépendantes ayant un fonctionnement sémantico-référentiel analogue à celui observé pour les constructions en quand + adv. En effet, l’impossible modification de la polarité corrobore l’adjonction a posteriori dans la mémoire discursive d’une inférence intermédiaire (qui pourrait pour les deux occurrences être paraphrasée par <avant C-quand tout se passait normalement>, voir d’ailleurs l’ex. (62) supra).

À noter également qu’à la différence de ceux qui vont être décrits ci-dessous, ces C-quand ne sont pas autonomes d’un point de vue communicatif, c’est-à-dire qu’ils ont besoin de s’appuyer sur un autre énoncé pour pouvoir fonctionner.

• Soit les énoncés suivants :

(74) Donc la Religion devait changer. Le Paradis est quelque chose d’enfantin avec ses bienheureux toujours contemplant, toujours chantant – et qui regardent d’en haut les tortures des damnés. Quand on songe que le christianisme a pour base une pomme ! [écrit, Flaubert]

(75) Quand je vous le disais ! [écrit, Grevisse, 1975 : 142]

(76) Quand vous aurez fini !, dit-il [écrit, Le Bidois & Le Bidois, 1935 : 8]

Ces emplois sont signalés dans le TLFi comme étant des « phrases indépendantes exclamatives [qui peuvent être construites] avec des verbes comme penser, songer, évoquer, pour marquer une valeur affective de surprise, d’étonnement, d’admiration, etc. [cf. (74)], [ou] avec des verbes comme dire, raconter, pour justifier une assertion [cf.(75)]. » Grevisse [1975 : 141-142] cite également ces occurrences, qu’il analyse comme des pseudo-subordonnées, car, « en dépit de la conjonction de subordination qui les introduit, [ces] propositions [sont] de véritables indépendantes, ou du moins prennent la valeur de propositions indépendantes ». Le Bidois & Le Bidois [1935 : 8], quant à eux, opposent les cas précédents en arguant d’un cas d’ellipse pour le second, tandis que le premier et le troisième auraient « toute la valeur d’une proposition principale ».

Ces occurrences, introduites par quand mais syntaxiquement autonomes, semblent illustrer un processus de réanalyse aboutissant au découplage d’une construction verbale dépendante et résultant très probablement de la ritualisation de phrases complexes elliptiques, l’exemple suivant allant dans le sens de cette hypothèse :

(77) Un pays encore en plein chaos ! Au règlement des comptes, nous ferons figure de parents pauvres, voire suspects. C'est amer ! Quand on pense que nous avons facilité grandement l'avance américaine à travers la France. [écrit, Auroy]

Mais il nous semble également important de comparer le fonctionnement de ces C-quand avec la construction suivante, dans laquelle le C-quand n’est pas ‘aussi’ autonome, dans le sens où il est délicat de faire l’ellipse du segment auquel il est relié :

(78) Tout était Grand au-dessous de nous. Il aurait donné cher, Louis XIV, malgré le fracas des hélicoptères, pour voir de haut son Versailles. Quand on y pense, les pauvres rois avaient toujours manqué de recul. [écrit, Orsenna]

L’ellipse difficile de les pauvres rois avaient toujours manqué de recul montre non seulement que le C-quand entretient un lien plus étroit avec son cotexte (le pronom y qu’il contient est cataphorique), mais également que le contenu informationnel est plus difficilement récupérable par l’interlocteur. Saez [2012] suppose un différentiel de ‘routinisation’ pour les différentes occurrences citées, selon la relation plus ou moins étroite que le C-quand entretient avec le cotexte, et avec la possibilité pour l’interlocuteur de récupérer le contenu ellipsé.

3.6. Syntaxe : syntagmatique ou paradigmatique ?

(79) Nous pataugions quand nous ne glissions pas [Benzitoun, 2006 : 237]

Pour ces constituants, il est clair que l’extraction et la proportionnalité avec une proforme engendrent des énoncés agrammaticaux. Il n’est pas certain pour autant que ces C-quand dépendent du constituant qui les précède. Il est possible d’y voir une relation paradigmatique (deux unités au même niveau) plutôt que syntagmatique. Au niveau des propriétés observables, voici ce qui peut être relevé :

- syntaxe : l’ensemble est enchâssable, ce qui irait dans le sens d’une seule énonciation ;

- sémantique : quand exprime un contraste qui porte soit sur le sémantisme des verbes (contraste prédicationnel), soit sur leurs objets (contraste actanciel objet), soit encore sur les topoï des deux constituants (contraste inférentiel). En l’absence de proximité sémique, le C-quand entre dans la dépendance d’une catégorie grammaticale : j’écoutais de la musique quand je ne travaillais pas [Diakhoumpa, 1989] ;

- polarité : le C-quand doit être de polarité négative et l’alternance positif/négatif est obligatoire faute de rendre l’énoncé inacceptable ou d’en changer le sens : nous pataugions quand nous glissions ;

- séquentiel : le C-quand est contraint à la postposition sinon il redevient un cas classique d’ajout : quand nous ne glissions pas, nous pataugions.

- référentiel : les sujets des deux verbes doivent être coréférentiels ou entretenir un lien sémantique fort (relation de sélection par exemple par le déterminant chaque) sinon le C-quand devient un ajout : nous pataugions quand Pierre ne glissait pas.

Pour qu’il y ait relation paradigmatique, il est normalement nécessaire que soit présente une unité constructrice englobant le tout. La question d’unités en relation paradigmatique à l’échelle de l’énoncé sans élément constructeur reste donc ouverte. En revanche, l’analyse est plus simple à argumenter dans l’exemple suivant :

(80) Chaque arménien perd un proche quand ce n’est pas toute sa famille. [Diakhoumpa, 1989 : 79]

Benzitoun [2006] analyse quand ce n’est pas comme un joncteur de liste paradigmatique, c’est-à-dire qu’il considère que quand ce n’est pas fonctionne comme et, même ou voire dans ce contexte :

(81) Chaque arménien perd un proche et/même/voire toute sa famille.

Le fonctionnement syntaxique serait donc équivalent à celui d’un joncteur de liste paradigmatique.

Une analyse alternative serait de voir dans quand ce n’est pas toute sa famille une construction clivée tronquée ou bien une construction à nexus du type c’est Mozart qu’on assassine. La construction à clivée tronquée est défendue par Saez [2011, 2012] pour des exemples tels que :

(82) Mais comment pourrait-il en être autrement, dans des sociétés où, au nom de la rentabilité, du pragmatisme et du perfectionnement technologique, on supprime de plus en plus souvent des postes d’enseignement de la philosophie, de la littérature, de l’histoire de l’art, quand ce n’est pas la recherche fondamentale qu’on remet en cause, parce qu’elle coûte de plus en plus cher et que personne ne sait en distinguer le but ? [écrit, Monde Diplomatique]

3.7. Études diachroniques

Afin de disposer d’un panorama sur les sources de quand, il faut se référer à Imbs [1956], Kunstmann [1990] et Herman [1963]. Selon Imbs [1956 : 33], quand est avec que, si et comme, une des rares conjonctions directement héritée du latin classique (du point de vue de la forme). En effet, il viendrait directement du latin quando. Il aurait également connu une éventuelle influence de cum par l’intermédiaire d’auteurs « puristes ». Selon Herman [1963 : 62], quando (décomposé en quam + do) en latin posait déjà des problèmes pour la détermination de sa catégorie car il pouvait « faire intrusion » dans le domaine du pronom relatif :

(83) Ubi sunt domina sermones, et uerba tua dulcissima quando nos confortabas ? [Acta Andreae 8522 ; cité par Herman, 1963] trad. : Où sont, maîtresse, tes discours et tes bonnes paroles (de) quand tu nous réconfortais ?

Comme nous l’avons montré plus haut pour le français contemporain, cette difficulté à circonscrire la catégorie de quando vient sans doute en grande partie de problèmes définitoires liés aux notions de « conjonction » et de « pronom relatif ». Par ailleurs, l’analyse proposée par Herman pour l’exemple (83) est discutable à cause de la présence de l’adjectif, le C-quando pouvant être analysé comme un banal ajout à l’adjectif dulcissima. La traduction serait alors : tes paroles, qui étaient très douces quand tu nous réconfortais.

Pour l’ancien français, Imbs [1956] décompose la structure de quant de la manière suivante : élément relatif qu- + -ant et il fait l’hypothèse que l’antécédent se trouve dans le mot quant lui-même. Mais bizarrement, il n’en fait pas pour autant une proforme qu-, ce qui peut sembler paradoxal…

En outre, on observe également que quand (et ses sources) est stigmatisé et a des formes concurrentes depuis le latin. À l’heure actuelle, quand est concurrencé par lorsque et il est considéré comme « moins littéraire » que ce dernier. Cette situation ne l’a pas empêché de se maintenir jusqu’au français contemporain avec une fréquence importante (voir à ce sujet Benzitoun [2006] qui a fait une étude de l’évolution de la répartition entre quand et lorsque à partir de la base Frantext). De plus, il a été remplacé par que dans tous les contextes où il pouvait apparaître accompagné d’un adverbe ou d’un nom (ce qui a donné les locutions conjonctives lorsque, après que, etc.) :

(84) Prez sui que je li face soudre lors qant Renart sera venuz et li jugemenz iert tenuz. [Renart, 120 ; cité par Moignet, 1988 : 283]

(85) Sire, après quant on me nonça Que Blancheflour venoit deça, En mon cuer un fait proposay Que de vous gehir propos ay [Miracle de Berthe, p. 219]

Au niveau sémantique, quando (en latin classique) avait une valeur causale. Mais il avait également une valeur temporelle « chez les auteurs moins soucieux de purisme » [Imbs 1956 : 33] et sans doute d’autres valeurs encore en fonction des registres de langue. Quant en ancien français avait une valeur temporelle, oppositive, conditionnelle et causale. En définitive, selon Imbs [1956 : 33], « il y a entre la valeur latine la plus anciennement attestée et l’usage français, la plus remarquable des continuités ».

En ce qui concerne les fonctionnements syntaxiques, il n’existe pas d’étude détaillée portant sur les constituants en quando. En ce qui concerne les constituants en quant en ancien français, ils pouvaient être sujet ou objet d’un verbe ainsi que simple ajout. Ils pouvaient également se trouver directement en lien avec un nom, dans une relative :

(86) Sire, jeo sui en tel esfrei Les jurs quant vus partez de mei [Marie de France, Bisclavret, 43 s. ; cité par Imbs, 1956 : 85]

On en a des attestations dans des pseudo-clivées :

(87) La tierce foiz qu’il mist son cors en aventure de mort, ce fu quant il demoura quatre ans en la Sainte Terre. [Joinville, St Louis, 11 ; cité par Imbs, 1956 : 86]

On trouve aussi des constituants en quant ressemblant fortement aux cas de « subordination inverse » étudiés ci-dessus :

(88) Atant se departent des escuiers et s’en retornent a Wincestre ; et il estoit ja nuiz oscure, quant il i vinrent. [Mort Artu, 24, I ; cité par Moignet, 1988 : 366]

Il y a donc une proximité claire entre les fonctionnements syntaxiques en ancien français et en français moderne. Toutefois, la relative avec antécédent ainsi que la position de sujet direct semblent avoir presque totalement disparues en français contemporain.

3.8. Études dans d’autres langues

Les emplois de when en anglais et de quand en français sont extrêmement proches. Toutefois, les constituants en when peuvent fonctionner comme des relatives avec antécédent temporel sans restriction particulière :

(89) He left the week when I arrive. [Declerck, 1997 : 9]

alors qu’en français, cela semble possible mais de manière extrêmement marginale (et cette possibilité n’est généralement pas mentionnée dans les grammaires) :

(90) Quelqu’un à une idée de l'heure vers quand le VOSTFR sera dispo ? [écrit, Internet]

De plus, when semble pouvoir fonctionner à la place du que des clivées en français :

(91) It was late that night when Yves drove into the villa garage in his Lagonda. [Declerck, 1997 : 16]

Et on trouve la formule whenever (comme pour les autres proformes wh-). Cela permet plus facilement qu’en français d’insérer when dans la famille des proformes wh- (interrogatifs/relatifs). Par ailleurs, when peut faire partie d’unités ressemblant fortement à des locutions conjonctives :

(92) I went to bed at 10, before when I was reading for an hour. [Longman Dictionary of Contemporary English ; cité par Declerck, 1997 : 11]

et les constituants en when peuvent se trouver en position de sujet directement :

(93) When you did it yesterday was better than this late hour. [Bolinger ; cité par Declerck, 1997 : 20]

En plus de l’ouvrage de Declerck [1997], on peut également citer les travaux de Sandström [1993] et Gournay [2003, 2009] sur l’anglais. Pour l’italien, on signale les articles de Baranzini [2007, 2009].



4. Les données


4.1. Phénomènes variationnels

La plupart des usages se retrouvent dans tous les types de textes, mais distribués de manière très différente. Certains usages sont très fréquents dans certains textes et quasi-absents dans d’autres. Par exemple, les quand à valeur adversative sont rares à l’oral non planifié.

Dans les contes pour enfants, il existe un fonctionnement apparemment surreprésenté. Ce fonctionnement se retrouve également dans les copies d’élèves. Il s’agit de quand accompagné d’un adverbe (soudain, tout à coup), cas que nous avons abordé plus haut. On retrouve aussi cet usage dans les récits littéraires lorsque l’auteur souhaite provoquer un effet de suspense suivi d’un événement surgissant subitement. Le couple quand + adverbe semble être doté d’une certaine autonomie qui se manifeste par l’utilisation de la ponctuation, celle-ci allant jusqu’à isoler le groupe.

Par ailleurs, la proportion relative de quand et de lorsque est fortement corrélée au type de texte (ou au genre). Dans des corpus d’oral non planifié, quand est 9 fois plus fréquent que lorsque, alors que dans les productions institutionnelles et scientifiques on est plutôt autour du tiers des occurrences. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, quand représente environ les deux tiers des occurrences dans les textes littéraires. Lorsque n’est donc pas particulièrement une conjonction plus « littéraire » que quand

Un dernier phénomène particulièrement visible à l’oral porte sur la place de quand dans les interrogatives directes. Alors que la plupart des proformes interrogatives en français peuvent se trouver en position initiale ou in situ (à condition qu’il n’y ait pas d’inversion clitique), il est très difficile pour quand d’occuper la position initiale à lui seul, c’est-à-dire sans être accompagné par est-ce que ou sans être clivé. Par exemple, la question Quand il est parti ? paraît difficile à formuler alors que Il est parti quand ? est tout à fait naturelle. Et comme le signale Coveney  > Notice , ce phénomène visible dans les corpus est corroboré par l’intuition des locuteurs : « Behnstedt [1978] a trouvé que la moitié de ses répondants jugeaient une telle structure inacceptable : ?/*Quand ça commence ?, ?/*Quand il arrive ? ».

4.2. Données statistiques

4.2.1. Les corpus utilisés

Pour réaliser cette notice, nous avons utilisé, entre autres, les corpus suivants :

- Frantext (www.frantext.fr)
- Le Corpus Évolutif de Référence du Français (CERF) élaboré sous la direction de Jean Véronis
- Le corpus journalistique Chambers-Rostand
- Corpaix
- Le Corpus de Français Parlé Parisien (CFPP)
- Le Corpus de Référence du Français Parlé (CRFP)
- Le corpus C-ORAL-ROM

Nous avons aussi eu recours à la consultation d’Internet. Lorsque les exemples ne comportent pas de mention, cela signifie qu’il s’agit d’exemples inventés.

4.2.2. Principales tendances statistiques

Le CERF est un corpus contenant 9 tranches d’écrit d’un million de mots chacune et une tranche d’oral d’un million de mots également. Ci-dessous, nous reproduisons la fréquence de quand dans chaque tranche ainsi qu’une comparaison entre la moyenne de la fréquence observée à l’écrit et à l’oral.

fréquences dans cerf

 Figure 1. Fréquence de quand dans le corpus CERF  > Légende 

Dans le corpus oral CRFP, on observe 27 occurrences de quand pour 10.000 mots dans la partie parole privée, 20 occurrences pour 10.000 dans la partie parole professionnelle et 13 pour 10.000 dans la partie parole publique. La répartition des principaux emplois est la suivante (calculée à partir de 300 occurrences sélectionnées aléatoirement) :

fréquences dans crfp

   Figure 2. Fréquence des différents fonctionnements dans le CRFP

Comme on peut le voir dans ce tableau, l’emploi « classique » (ajout à un verbe) est très largement majoritaire. Au niveau topologique, les constituants en quand à l’oral apparaissent majoritairement dans la zone initiale :

placement des c-quand dans crfp

   Figure 3. Place des C-quand dans le CRFP

4.3. Évaluation des données utilisées dans la littérature

Les analyses portant sur quand sont majoritairement basées sur des corpus ou au moins des exemples authentiques. Toutefois, le recours à l’introspection est utilisé lorsqu’il s’agit de juger si un énoncé est grammatical ou pas, après application d’un test linguistique. Comme pour de nombreuses descriptions linguistiques, les exemples sont en grande partie empruntés à des corpus écrits, mais les données orales ont également été prises en compte assez tôt (par Chétrit [1976] par exemple). Il est important de signaler que toutes les études ne sont pas comparables car elles ne s’appuient pas sur les mêmes données.



5. Bilan


5.1. Notions qui se sont révélées rentables ou pas

Les notions de proposition, subordination, subordonnée, etc. ne se sont pas révélées rentables. Elles induisent l’idée que les constituants verbaux seraient spécifiques (par rapport aux constituants équivalents) et véhiculent toute une série de présupposés. Il a été plus fructueux de recourir à la notion générique de dépendance syntaxique en insérant les C-quand dans l’analyse générale des constituants du français. Les notions de syntaxes interne et externe rendent aussi de grands services. Il en va de même pour la reconnaissance de deux niveaux de dépendance (à un constituant ou à une catégorie grammaticale) et pour la possibilité d’avoir des constituants conjonctifs non syntaxiquement dépendants. Cela est rendu possible grâce à une généralisation du principe d’indépendance entre nature et fonction admis par les cadres macro-syntaxiques.

Les tests vus ci-dessus (équivalence à quand?, portée des modalités du verbe, clivage), s’ils représentent de bons indices, ne peuvent toutefois constituer à eux seuls une preuve de non-dépendance à un verbe lorsqu’ils ont pour résultat des énoncés agrammaticaux. Ils ne se révèlent donc profitables que dans la mesure où ils sont manipulés avec précaution et où l’on estime qu’ils permettent de mettre en évidence non un type particulier de dépendance, mais des propriétés spécifiques ou génériques, propriétés qui sont à associer nécessairement à un examen minutieux d’autres indices micro-syntaxiques ou macro-syntaxiques (notamment pour sous-classifier les C-quand non syntaxiquement dépendanciels).

5.2. Interprétations incontestées ou contestées

Pour ce qui est des C-quand dépendants d’un verbe, l’analyse est rarement l’objet de désaccords. En revanche, pour tous les autres cas, il y a presque systématiquement des analyses alternatives (et donc des analyses contestées). Le découpage de la syntaxe externe des C-quand peut en effet être différent d’un auteur à un autre. De même, les exemples du type hier quand je suis sorti semblent relever d’un phénomène de métanalyse, dans le sens où deux analyses syntaxiques sont possibles (liste paradigmatique ou deux énonciations de clauses distinctes), auxquelles correspondent deux sens différents mais de pertinence communicative à peu près équivalente. Et comme nous l’avons vu, la question du statut catégoriel de quand n’est pas tranchée non plus.

Pour finir, les C-quand en position objet lorsqu’il ne s’agit pas d’une interrogative peuvent être éclairés par la notion de valence par captation [Lemaréchal, 1989]. Mais cette notion de valence par captation ne s’est pas largement diffusée dans la linguistique contemporaine. De plus, on pourrait lui objecter qu’elle repose sur une conception trop rigide des C-quand comme étant forcément des ‘circonstancielles’.

5.3. Études à faire

Il serait utile d’analyser plus avant l’absence d’équivalence entre un C-quand ajout se situant dans la zone initiale ou dans la zone finale. Il est en effet possible que la position dans l’ordre linéaire induise des analyses différentes.

De même, une étude comparative entre C-quand et C-si, C-comme, C-parce que, etc. serait d’un grand intérêt car cela permettrait de revoir – enfin – les notions de « conjonction de subordination » et de « subordination ». Il faudrait replacer l’analyse des C-quand dans une étude générale des structures introduites par des conjonctions qui reprenne notamment la distinction entre relations grammaticales et discursives.



6. Liste des publications citées


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